Meyreuil : du nouveau en AOC Palette

Publié le 28 février 2022

Nicolas Chaullier conduit le domaine conjointement avec ses frères et ses parents (© J. Dukmedjian).

La famille Chaullier était connue pour ses fromages de chèvre du Rove. Elle aspire désormais à l’être aussi pour ses vins, produits en AOC Palette.

Tout est question de stratégie et de positionnement. Quand certains acteurs du monde agricole visent de gros volumes de production, la famille Chaullier (parents et enfants) est au contraire une habituée du concept “small is beautiful“. Dans la lignée de leur maman, Laurence Chaullier – qui fait partie du club très fermé des éleveurs-producteurs de Brousse du Rove –, ses trois fils commercialiseront prochainement leur troisième millésime en AOC Palette. Point commun de ces deux micro-appellations ? Le nombre ultra-restreint de ceux qui peuvent s’en réclamer : l’appellation Brousse du Rove ne compte que sept élevages, répartis principalement, à l’extrémité sud des Bouches-du-Rhône et à l’ouest du Var. Concernant l’AOC Palette, son épicentre est au pied de la montagne Sainte-Victoire dans le petit village éponyme, et le vignoble se limite à une cinquantaine d’hectares et désormais cinq domaines, sur les communes de Meyreuil, du Tholonet et d’Aix-en-Provence. Deux marchés de niche autrement dit, dont un autre point commun pourrait être celui d’une très forte exigence qualitative, dans leur cahier des charges.

Plus qu’une stratégie préétablie et savamment calculée, l’idée de se diversifier dans le domaine du vin est d’abord née d’une réflexion et d’une opportunité, celle de “remettre en culture des flancs de collines où les chèvres pâturaient“, comme le raconte Nicolas, le benjamin des trois frères à l’origine de la création du Château des trois Sautets. Situées à Meyreuil, ces six hectares d’anciennes terres agricoles – dont il subsiste des traces d’anciennes restanques – étaient auparavant dédiés à la culture de l’olivier. Elles avaient été abandonnées après l’épisode de gel historique de 1956. L’ampleur et le coût des travaux à réaliser, notamment le déboisement, explique certainement le fait que personne, jusqu’à présent, ne s’était porté candidat à leur transformation en culture viticole. “Notre père dirigeait une entreprise de BTP, ça a grandement facilité les choses“, résume Nicolas Chaullier, qui s’est attelé à ce chantier titanesque, avec son père et en compagnie de ses deux frères aînés.

Deux ans de travaux préparatoires

Outre l’évacuation des arbres, il a fallu réaménager les terrains en pente pour y réaliser des terrasses aptes à recevoir, en 2016 et après deux ans de travaux, les premières plantations de vignes. L’aménagement de la cave, située à flanc de colline et desservie, depuis la route, par un raidillon, n’a pas non plus été simple, lorsqu’il s’est agi d’y acheminer cuves et pressoir ou érafloir... “Le résultat final est à la hauteur des efforts et des sacrifices accomplis“, note néanmoins, avec le recul, Nicolas Chaullier. La plantation en restanques complique néanmoins sérieusement le travail dans les vignes : des opérations comme le désherbage des inter-rangs, la taille (en Cordon de Royat), l’ébourgeonnage, l’écimage et l’effeuillage sont pratiqués manuellement. Le travail du sol et les traitements sont quant à eux réalisés à l’aide d’un chenillard, un engin bien adapté à la topographie accidentée, mais moins rapide qu’un tracteur ordinaire.

Un des objectifs initiaux de la famille, dont le millésime 2021 sera le premier certifié en bio, était de créer des synergies et une complémentarité entre les activités liées à l’élevage caprin et à la viticulture. C’est désormais chose faite : “Nos chèvres pâturent dans les vignes durant la saison hivernale, ce qui permet de les entretenir naturellement, et de limiter au maximum notre empreinte carbone. Nous réutilisons également le fumier des chèvres comme engrais naturel“, précise Nicolas Chaullier. Celui-ci souhaiterait d’ailleurs entremêler encore plus étroitement les deux productions. Lors de sa prospection commerciale, il accompagne la dégustation de ses vins chez les restaurateurs de fromages de chèvre maison, par exemple. Et il escompte bien capitaliser sur la renommée de la brousse préparée par sa mère, pour faire découvrir aux acheteurs sa production viticole.

Un positionnement premium

Pour le volet viticole, les deux frères cadets se sont appuyés, au départ, sur l’expérience et les connaissances de Thomas, leur aîné, pour produire des vins très qualitatifs. Accessoirement président des Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône, il a suivi un cursus dans ce sens au lycée Valabre de Gardanne, et fait ses armes dans plusieurs grands domaines des Côtes de Provence. La famille possède également dix hectares de vignes à Rousset, dont les raisins sont portés à la cave coopérative. Une activité complémentaire qui a permis, accessoirement, de soulager un peu la pression financière générée par les investissements liés à la création ex nihilo d’une cave particulière. “Pour la vinification de nos 6,50 hectares de parcelles en AOC Palette, nous visons un positionnement premium, avec une sélection parcellaire. Nous sommes épaulés pour cela par l’expertise d’un œnologue conseil“, reconnaît Nicolas Chaullier.

En dépit de débuts difficiles – le premier millésime est sorti des cuves en pleine période de Covid, et la récolte 2021 a subi des épisodes de grêle et de gel –, le benjamin de la famille veut croire que 2022 mettra le domaine sur les rails : “L’accueil réservé par les clients, lors des dégustations, est très favorable et l’effet de surprise, créé par un nouveau venu en AOC Palette, joue aussi en notre faveur. Le nouveau millésime sera aussi le premier certifié en bio“. Sans compter que la première (mini) cuvée en rouge fera son apparition... après deux ans d’élevage en fût. 

Julien Dukmedjian


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