Min : s’adapter à une situation inédite

Publié le 07 avril 2020

Sur tous les marchés de gros, comme ici à Cavaillon après la répercussion de la frénésie d’achats avant le début du confinement, les opérateurs ont enregistré une baisse de fréquentation, puis un retour à la normale des flux de marchandises.

Les marchés de gros de la région continuent de fonctionner pour alimenter les Français en produits frais. Bousculés dans leur organisation et leur fonctionnement, ils ont dû s’adapter en un temps record.

En quelques jours à peine, les Min de la région ont perdu une bonne partie de leur clientèle. Faute de pouvoir continuer d’approvisionner la restauration du jour au lendemain, puis brutalement les marchés de plein vent, les marchés de gros ont dû faire face à une situation inédite. Et s’adapter rapidement. Si chacun s’est efforcé d’être réactif, avec des contextes différents, ce coup porté aux flux de marchandises aura des conséquences. Elles sont encore inconnues sur le moyen terme. Mais déjà, la succession des récents évènements a fortement impacté certains marchés.

Le marché horticole du Marché gare de Carpentras a notamment dû fermer, le 16 mars, jusqu’à nouvel ordre. Nous sommes pourtant en période de haute saison pour les presque 150 exposants qui, chaque semaine, viennent vendre les productions de toute la France. L’activité sur cet espace de vente – qui s’étend sur 4,8 hectares – s’est soudainement arrêtée pour suivre les ordonnances de la loi. “Les pépiniéristes n’ont plus eu le droit de vendre in situ, et c’est la même chose pour le marché. Nous avons seulement un peu anticipé. Mais, sur ce lieu d’échanges physiques, le contexte ne nous permettait de toute façon pas de continuer“, explique Thierry Borel, directeur du développement économique du Marché gare de Carpentras.

Un soutien quelquefois psychologique

La situation est, de fait, très préjudiciable pour les exposants, qui réalisent généralement une bonne partie de leur chiffre d’affaires annuel avant le printemps. “Nous avons mis en place un suivi systématique de chaque entreprise du site“, rapporte Thierry Borel. “L’équipe du marché les appelle pour savoir quelles problématiques ils rencontrent, et comment on peut les aider. Pour certains d’entre eux, c’est déjà très dur et les semaines à venir seront déterminantes. Nous ne sommes plus sur du développement, mais sur du soutien, et quelquefois psychologique !“, observe le directeur. Pour le reste du site, qui fait au total 13 ha, les entreprises propriétaires ou locataires – notamment des expéditeurs et des vendeurs de plants – sont indépendants dans leur choix et ont logiquement pu poursuivre leur activité d’expédition.

Sur le Min d’Avignon, la partie administrative de la Smina, le gestionnaire du Min, a été placée très vite en télétravail. Le marché des producteurs a poursuivi ses activités à peu près normalement. Les grossistes ont subi un rush sur les achats, après la première allocution du président Macron ; puis, une baisse de la consommation durant 48 heures. Un certain nombre d’entreprises ont, depuis, fermé. Mais l’approvisionnement et la fréquentation se maintiennent. Tout le tertiaire installé sur le Min d’Avignon a, en revanche, pratiquement fermé. Et comme l’explique Patrick Tralongo, directeur de la Smina du Min d’Avignon, “la situation la plus critique est vécue par les traiteurs et transformateurs installés sur place, et dont les cahiers de commandes s’effondrent tous les jours un peu plus. Métro et Promocash ont réduit leurs amplitudes d’horaires, mais travaillent toujours avec les détaillants. L’autre difficulté est, bien sûr, liée à la fermeture des marchés de plein vent, qui conduit à la fermeture des forains qui ont des box sur le Min“.

Mévente et coup de froid

Sur Châteaurenard, la régie du Min s’est aussi montrée très réactive, dès l’annonce de la fermeture des restaurants, par la mise en chômage partiel de ses employés, la fermeture du bâtiment administratif, et la mise en place de consignes sanitaires strictes sur le carreau. Les grossistes – servant la restauration privée et la restauration collective – ont très vite subi une baisse d’activités tandis que la GMS, les expéditeurs, les marchés de plein vent, comme les détaillants, ont continué de venir s’approvisionner, pour répondre à la forte progression des achats des consommateurs juste avant le confinement. S’en est suivi une baisse soudaine de l’activité. “Tout s’est accéléré très vite“, rapporte Jérémie Becciu, le directeur du Min de Châteaurenard. “Et l’on s’est retrouvé en crise sur certains produits, comme l’asperge et la fraise. La difficulté sur ce type de situation est qu’elle peut changer quotidiennement et ne permet pas d’anticiper, mais de s’adapter au mieux.“

Le message lancé aux enseignes, appelées à jouer le jeu sur l’approvisionnement français – suite à l’accord entre la FNSEA et des grandes enseignes de la grande distribution –, a permis de rétablir un peu la donne. Mais l’inertie de son application a quand même fait des dégâts. Le comble est que, ces tout derniers jours, les acheteurs ont du mal à trouver certaines origines de produits, notamment de l’asperge verte ou encore de la fraise. Mais la météo s’est aussi invitée à la fête, puisqu’un coup de froid, enregistré sur la région, est venu amputer les volumes.

Décidément, “la fermeture des restaurants, les origines import dans les magasins, puis la mise en avant du local, l’arrêt des marchés de plein vent, puis le froid derrière, sont autant d’événements à gérer pour les Min. Ils rendent le marché difficile à analyser et nécessitent de réagir au jour le jour“, estime Jérémie Becciu. Le directeur du Min indique, par ailleurs, que l’accord signé entre les grandes enseignes et la FNSEA, sur la nécessité de jouer la préférence nationale, trouve aussi un écho au plan local. “La Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, la Métropole Aix Marseille et le Département des Bouches-du-Rhône ont engagé un travail sur la reterritorialisation de l’alimentation, en essayant d’impliquer les acteurs de la GMS. Les collectivités ont initié un tour de table, afin d’anticiper sur les situations de marché. L’objectif est de pouvoir activer les lignes rapidement, et de ne pas se retrouver dans la situation de réactivité de la crise que l’on a connue il y a dix jours.“ Parce qu’il est évident que cette dernière va se prolonger et au gré de la météo, et continuer à plus ou moins impacter les marchés de gros.

Livraison des commerçants à Cavaillon

Comme les autres, le Min de Cavaillon a été pris de vitesse par la rapidité et les évènements qui se sont succédé  entre le week-end précédant le début du confinement, et les jours qui ont suivi. “La ruée des consommateurs vers les enseignes de la grande distribution a poussé les magasins à revenir faire le plein de marchandises sur le marché. Et puis, tout s’est un peu tassé. Mais nous n’avons pas observé de chute libre, au contraire : le rythme d’activité reste supérieur à la normale saisonnière, et l’on est plus sollicité sur le global“, relate René Molle, le directeur du Min de Cavaillon. Mais cette situation cache des réalités différentes puisque, sur le Min, “nous avons très peu de grossistes spécialisés sur la restauration collective, comme cela peut être le cas ailleurs. Nous sommes, de ce fait, moins touchés“, ajoute-t-il.

En effet, les opérateurs sont principalement des spécialistes fruits et légumes, des détaillants ou demi-grossistes en magasin ou de marché. Ils ont pu bénéficier d’un regain d’activités sur la vente à la boutique, parce que les consommateurs vont moins dans les grandes surfaces qu’à l’accoutumée. Ceux qui ont plusieurs débouchés – comme les marchés de plein vent ou la livraison de restaurants – ont certes vu une partie de leur activité disparaître. “Mais le Min compte aussi des clients spécialisés dans la livraison de restauration ; eux sont à l’arrêt complet“, note René Molle. “Globalement, les approvisionnements et la fréquentation du marché se sont bien maintenus, puisque l’on voit des acheteurs que l’on n’avait pas l’habitude de voir sur le marché“, note aussi le directeur.

Et concernant la mise en place des mesures de précautions sanitaires, “tout le monde a aujourd’hui les bons réflexes, même si tout n’a pas été simple“. Quant aux effectifs, difficile de mettre tout le personnel en télétravail : “Des rotations permettent le maintien de l’activité, tout en répartissant au mieux le risque. Mais nous sommes aujourd’hui sur le fil, tant nos effectifs sont limites“, reconnaît le directeur.

Une initiative de la mairie et des commerçants du centre-ville est également en train de voir le jour : les locaux du Min sont mis à disposition, pour permettre de limiter les déplacements. “Nous allons mettre en place un service de livraison commun, avec le soutien de bénévoles. Cette petite plateforme de livraison de colis, préparés par des commerçants du centre-ville, est testée cette semaine“, rapporte René Molle.

Alors, même bousculés dans leurs habitudes et leur fonctionnement, les Min de la région restent très actifs et mobilisés, mais dans l’attente de savoir combien de temps encore durera le confinement. 

Emmanuel Delarue


Sur le Min des Arnavaux, les 48 grossistes ont été priés de privilégier les producteurs du carreau.

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