Mises à l’épreuve, les coopératives ont tenu bon

Publié le 09 juin 2020

Pour Stéphane Honorat, président de la Coopération agricole Sud, “la coopération a une importante carte à jouer pour la consommation de demain“.

La crise n’a épargné aucune filière et pour certains un effet boomerang est redouté. Le système coopératif a cependant bien résisté et la Coopération en région veut tirer les bons enseignements de cette période inédite.

En attendant la réouverture de tous les débouchés commerciaux, le déconfinement a redonné quelques couleurs aux marchés agricoles depuis trois semaines. Positionnées à la fois sur les circuits longs et la proximité, les coopératives agricoles de la région ont toutes été secouées. Selon les filières, l’épreuve aura été plus forte. Pour certaines coopératives, les incidences d’une rupture brutale avec une ‘activité normale’ se mesureront à plus ou moins long terme. Mais, d’une manière générale, l’outil coopératif a montré sa capacité à résister à la crise.

Sur les grandes cultures pour la consommation humaine, “nous sommes aujourd’hui plus en situation de pénurie qu’autre chose. Sur blé tendre et blé dur, la situation est similaire. Les cours ont légèrement augmenté, mais ils partaient de très bas“, indique Bernard Illy, responsable de la filière céréale et élevage au sein de la Coopération agricole Sud. Mais, pour toutes les coopératives céréalières, la période traversée était surtout celle où l’on a honoré les contrats. “Les engagements ont été respectés et les négociations pour l’année prochaine débutent“, explique Bernard Illy. 

Alimentation animale : un débouché plombé

La situation pour les céréales destinées à l’alimentation animale, un débouché très important dans certains secteurs de la région, est beaucoup plus problématique. La fermeture de la restauration, qui a porté préjudice à la production de viande, bovine essentiellement, en est l’une des causes. Cette baisse de la consommation a directement impacté les départements alpins fournisseurs de produits pour l’élevage. “Les exploitations ont été contraintes d’alimenter les animaux à l’économie. Sur la filière lait, la situation a été identique, avec une limitation de la production et donc, là aussi, de l’alimentation des animaux. Beaucoup d’exploitations ont dû se rabattre sur des produits moins riches, moins chers“, rapporte Bernard Illy. Tout le fourrage, qui habituellement partait vers les départements de Savoie et Haute-Savoie pour l’élaboration de produits haut de gamme, comme le Comté ou le Beaufort, est resté stocké dans les exploitations en raison de la fermeture de la restauration et de l’arrêt du tourisme en montagne. Les nouvelles récoltes arrivent et se pose alors la question de la capacité de stockage dans les structures. La fermeture des centres équestres a, elle aussi, contrarié l’activité de production de foin.

Tous ces débouchés constituent souvent une part importante du revenu des exploitations“, précise le président de la coopérative Alpesud.

Viandes : produits haut de gamme et labels pénalisés

Concernant la filière viande, si les volumes de vente de steaks hachés en grande surface ont fortement progressé, c’est au détriment du prix, et ce sont les productions haut de gamme, les produits tracés et labellisés, surtout vendus en restaurant, boucherie et petit magasin de proximité dans les zones touristiques qui ont été les plus impactés. Pour les coopératives tournées vers ces débouchés, les pertes ont été immédiates et la reprise de l’activité de la restauration en particulier est très attendue.

En matière d’approvisionnement en engrais et produits phytosanitaires, les principales difficultés rencontrées par les coopératives ont été liées à l’organisation de la logistique. Certains délais ont été un peu rallongés, mais il n’y a pas eu de problème majeur de disponibilité dans la mesure où il s’agit pour ces secteurs de contrats passés une année sur l’autre avec des livraisons qui ont été effectuées en janvier et février.

Plantes aromatiques, jusqu’ici tout va bien

Quant à la filière plantes aromatiques, “la crise a entraîné des décalages de livraisons, et l’on ne sait pas encore si elles seront toutes honorées ou reportées“, indique Luc Justamon, responsable de la commission PPAM au sein de la Coopération agricole Sud.

Les clients de petite taille, qui alimentent les marchés de plein vent et approvisionnent la restauration, ont en effet vraiment freiné leurs demandes. Le débouché ne représente cependant pas 10 % des marchés de la production régionale. Les grosses entreprises de l’agroalimentaire, qui se fournissent avec des productions régionales, devraient logiquement plus facilement encaisser le choc. Par contre, pour les quantités en options, qui peuvent être émises lors des contrats, il faudra attendre la fin de l’année.  

L’autre point d’inquiétude concerne “tous les projets de développement ou le lancement de nouveaux produits, autour de l’IGP Thym par exemple, portés par de nouveaux clients potentiels“, indique Luc Justamon. “Les lancements de gamme se font en début d’année et toutes les décisions sont donc reportées à 2021“. L’activité de production et les adhérents de la coopérative des ‘Aromates de Provence’ n’ont pas été directement affectés. “Si la situation perdurait, on serait cependant contraint de freiner les plantations du printemps prochain pour être en adéquation avec nos marchés. Nous ferons le point en septembre“, observe Luc Justamon.

Vin et huile d’olive : la saison estivale très attendue 

Pour ce qui est du secteur oléicole, les coopératives ont malgré tout tenu bon,  dans la mesure où une grande partie des ventes est réalisée en circuit court. Pendant le confinement, l’activité des plus grosses structures qui fonctionnent avec l’industrie agroalimentaire l’a encore moins été que celle des plus petites qui attendent la réouverture des restaurants et la reprise des activités touristiques. “Il est certain que, depuis le 15 mars, le chiffre de vente des entreprises est pénalisé, mais si tout redémarre en juin et que l’on ne loupe pas la saison d’été, ce sera dur, certes, mais ce ne sera pas la fin du monde“, commente Olivier Nasles, qui se refuse à imaginer tout autre scénario.

Pour le vin, le secteur coopératif est dans le même schéma aujourd’hui. “Les entreprises qui ont déjà perdu du chiffre d’affaires vont vivre une année compliquée, mais tout n’est pas perdu“, estime Olivier Nasles, assez optimiste pour penser que tant pour l’huile d’olive que pour le vin, des produits à connotation festive, un rebond est tout à fait possible dans les semaines à venir. D’après les chiffres de la GMS, le rosé n’a t-il d’ailleurs pas été, pendant la crise, la seule couleur dont la consommation n’a pas baissé ? 

Emmanuel Delarue

 

Trois questions à Stéphane Honorat, viticulteur sur Eguilles et président de la Coopération agricole Sud

La coopération a t-elle mieux résisté à la crise selon vous ?

Stéphane Honorat : “Le système coopératif a pleinement joué son rôle de tampon entre l’exploitant et le marché, et les coopératives ont donc été moins marquées dans leur fonctionnement que les entreprises lambda. Il n’y a pas eu de coopérative en très grosses difficultés, quelle que soit la filière. De son côté, la Coopération agricole Sud s’est organisée et a mobilisé ses partenaires pour trouver des solutions, limiter les pertes et maintenir l’activité des structures. C’est ce que nous continuons de faire au cas par cas, en fonction des structurations d’entreprises, des capacités financières de chacun et des marchés. Mais, dans l’ensemble, les coopératives ont réussi à passer le cap.“

Quel secteur a été le plus touché ?

S.H. : “La crise sanitaire n’a épargné aucune filière. L’horticulture fait partie des plus touchées. La filière animale a aussi connu des problématiques d’écoulement. Nous avons travaillé pour que des mesures d’accompagnement soient prises, sur l’agneau par exemple, nous avons cherché des solutions comme la surgélation, pour temporiser le marché et obtenir l’engagement d’acheteurs. Nous restons très mobilisés quant à la suite des événements. Tout évolue très vite mais, pour beaucoup de structures, il sera quand même difficile de rattraper les pertes constatées. Aussi nous avons alerté le Conseil régional Paca sur le fait que pour certaines filières, notamment viticole, l’effet boomerang risque d’arriver dans un second temps.“

Quel est un des enseignements que doit tirer le système coopératif ?

S.H. :  “Avec le confinement, les citoyens ont redécouvert la proximité, la localité, le territoire. Les coopératives sont totalement inscrites dans les circuits courts. La plupart de nos structures ont organisé des drive, des livraisons et ont apporté très tôt des réponses aux attentes des citoyens. Qui peut le mieux répondre à leurs besoins qu’une entreprise installée tout prêt de chez depuis 100 ans, qui produit avec un engagement coopératif intergénérationnel et qui n’est pas délocalisable ? À nous de mettre en avant nos valeurs avec l’œnotourisme notamment et d’autres formules encore. La coopération a une importante carte à jouer pour la consommation de demain.“ 



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