Mobilisation FRSEA et JA Paca: un premier coup de pression

Publié le 02 mars 2021

Comme le soulignait Patrick Lévêque, président de la FRSEA Paca, en début de rassemblement, “il est inadmissible, qu’en 2021, les agriculteurs en soient encore contraints de défendre leur revenu malgré la loi Égalim“ (@ E. Delarue).

Les promesses de la loi Égalim ne sont pas tenues. Les agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, sur appel de leurs organisations départementales syndicales JA et FDSEA, ont bloqué, vendredi matin, une centrale d’achat sur Cabannes. Ils dénonçaient les baisses de prix exigées par la grande distribution dans les négociations commerciales nationales.

Il ne fallait pas s’attendre à ce que la loi Égalim révolutionne l’agriculture. En revanche, on pouvait penser que, deux ans après sa promulgation, la promesse qu’elle portait – remettre au centre des préoccupations sociétales les réalités du secteur et une rémunération plus juste des agriculteurs – soit enfin tenue. Il faut croire que non. Entamées depuis plusieurs semaines, les négociations commerciales nationales pour 2021, entre la grande distribution et les producteurs, vont s’achever à la fin du mois de février. Capitales pour le secteur, ces négociations fixeront les tarifications et les promotions pour les mois à venir.

Mais le compte n’y est toujours pas. En ce début de campagne, la tendance est loin d’être bonne. La plupart des filières sont touchées par des demandes de déflation. Les quatre centrales d’achat de la grande distribution, qui détiennent 90 % du marché, semblent toujours profiter de ce rapport de force disproportionné avec la profession agricole, d’après ses représentants.

Ces derniers jours, un appel national à la mobilisation a été lancé par les Jeunes agriculteurs et la FNSEA, à travers tout le territoire. Jeudi 19 février, une soixantaine d’exploitants agricoles des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, toutes filières confondues, encadrés par leurs syndicats respectifs, la FRSEA et les JA Paca, ont décidé d’interpeller un grand nom de la distribution. D’abord regroupés sur le Min de Châteaurenard, ils ont décidé de bloquer pacifiquement les entrées et les sorties de la plateforme d’achat du groupe E. Leclerc, située à Cabannes. En tête de cortège, le président de la FRSEA Paca : “L’heure est grave. La grande distribution demande des baisses de prix payés aux agriculteurs, de l’ordre de 10 % à 15 %. Nous sommes déjà dans une période de crise sanitaire, qui affecte toujours de nombreux secteurs de l’agriculture. On espérait que la GD réagirait, comme elle l’a montré l’année dernière, en soutenant l’agriculture et les produits français. Or, on s’aperçoit que le ‘monde d’avant’ est toujours bien présent“, commentait Patrick Lévêque.

Rencontre espérée avec les distributeurs et le préfet de région

Comme de nombreuses manifestations déployées au plan national par le réseau FNSEA et JA, l’action entreprise ce jour-là consistait à mettre un premier coup de pression sur la grande distribution, les pouvoirs publics, et sensibiliser la presse. Mais déjà, quelques heures plus tôt, à l’annonce de cette mobilisation sur le terrain, la demande de la profession de pouvoir s’entretenir avec le préfet de région et les représentants de la grande distribution semblait quasiment acquise.

Pour Florian Pellegrin, éleveur de vaches laitières à Buissard, dans les Hautes-Alpes, également président des Jeunes agriculteurs de Paca, “toutes les filières animales et végétales sont désormais impactées par cette guerre des prix. La grande distribution a largement communiqué, en clamant haut et fort sa solidarité envers les agriculteurs pendant les confinements. Les agriculteurs ont relevé le défi et il n’a manqué de rien dans les rayons. Maintenant, il est grand temps qu’ils bénéficient de prix rémunérateurs, comme le prévoit la loi Égalim“. Car, outre la non-application de la loi Égalim, ce que tiennent à dénoncer tous les agriculteurs, c’est bien le double discours de certains acteurs sur leur engagement vis-à-vis de l’agriculture française. 

Emmanuel Delarue

 

L'avis de

Laëtitia Queva, oléicultrice à Maussane-les-Alpilles (13)

Répondre présent

"Pour beaucoup d’entre nous, l’année 2020 a généré d’énormes manques à gagner. Même la vente directe a été victime de la crise. Faute de débouchés, ma boutique est, par exemple, fermée depuis le mois d’octobre. Alors quand il s’agit de défendre le revenu des agriculteurs, il faut répondre présent !“

Laurent Dubost, viticulteur sur Rognes (13)

Exprimer notre solidarité

"En tant que viticulteur, nous avons surtout, ces derniers mois, été concernés par la perte des débouchés à l’export et sur la restauration. Mais il était important pour nous d’exprimer notre solidarité envers les maraîchers et les agriculteurs de toutes les filières, dont les productions sont l’objet de négociations à la baisse avec les grands distributeurs.“ 

Bruno Bouche, viticulteur à Camaret et président de JA 84

Que la loi Egalim soit respectée

"L'agriculture française est malmenée de tous les côtés. En viticulture, nos exploitations continuent d’être lourdement impactées par les taxes américaines. Il y a aussi l’Union européenne, qui vient d’approuver les importations de blé noir canadien mûrit au glyphosate, ce qui est inacceptable. En France, nous demandons au moins que la loi Égalim, censée permettre une meilleure répartition de la valeur, soit respectée.“

Sylvain Bernard, producteur de tomates d’industrie à Uchaux (84)

Cela se joue maintenant

"Le pouvoir de la grande distribution s’est de toute évidence renforcé avec l’année 2020. Pour ce qui est de la tomate d’industrie par exemple, nos productions passent par des contrats avec l’agro-industrie ou des grossistes à qui les GMS demandent aujourd’hui de baisser leurs prix, alors que les cours mondiaux sont en hausse ! Mais ce qui se joue actuellement influencera le prix de toutes les productions agricoles.“  

Propos recueillis par E. Delarue     



Beaucoup de jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse se sont sentis concernés par la tournure des négociations en cours entre la grande distribution et ses fournisseurs. Ils ont tenu à se mobiliser le 19 février à Cabannes. (@ E. D)

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