MSA Provence Azur : familles et ruralité, les oubliées de la présidentielle

Publié le 16 novembre 2021

Antoine Pastorelli, le président de la Caisse de MSA Provence Azur, a ouvert les débats de cette concertation lancée par la Mutualité sociale agricole (© J. Dukmedjian).

La MSA organise, depuis septembre, une série de débats destinés à recueillir des propositions pour améliorer la qualité de vie des habitants des territoires ruraux. L’un d’eux s’est déroulé à Aix, jeudi 21 octobre, sur le thème des jeunes et de la famille.

Sans doute moins médiatique que d’autres thématiques comme l’immigration, l’insécurité ou l’écologie, celle de la ruralité est l’une des grandes oubliées de la campagne pour la prochaine élection présidentielle. Elle est pourtant centrale pour des millions de Français(es) qui vivent hors des métropoles et se sentent exclus des débats actuels, qui opposent les candidats déclarés pour 2022 et leurs partisans sur les plateaux télés.

Partant de ce constat, la Caisse centrale de la MSA (CCMSA) déploie depuis septembre une vaste concertation1 à destination des habitant(e)s, des associations et plus globalement des acteurs des territoires ruraux. L’objectif de cette opération, intitulée ‘Convention citoyenne pour la ruralité’, est de recueillir des propositions afin d’améliorer la qualité de vie au sein des territoires ruraux, via un site internet dédié et une série d’“ateliers de réflexion“ dans toute la France. L’objectif est, in fine, de faire émerger des propositions concrètes à soumettre au débat public lors de la campagne présidentielle 2022, et de publier un manifeste pour la ruralité, à l’occasion du prochain Salon international de l’agriculture.

La famille, composante essentielle des territoires ruraux

Débutée le 5 octobre dernier à Bor-
deaux, la série d’ateliers de réflexion a fait étape, le 21 octobre dernier, au palais des congrès d’Aix-en-Provence, à l’initiative de la Caisse centrale de la MSA (CCMSA) et la MSA Provence Azur, avec pour thème ‘Quelles solutions pour accompagner les jeunes et les familles au sein du monde rural ?’. Plusieurs intervenants étaient invités à apporter leur expertise sur cette question, à l’occasion d’un débat qui réunissait Pascal Cormery, le président de la CCMSA ; Marie-Andrée Blanc, présidente de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) ; Magali Rascle, directrice du développement sanitaire et social de la CCMSA ; et Christian Brayer, le directeur du lycée Provence Verte de Saint-Maximin (Var).

Pascal Cormery a opportunément rappelé en préambule de la table ronde que “les familles sont des composantes essentielles des territoires ruraux, au même titre que les acteurs économiques et sociaux“. Un propos complété par la présidente de l’Unaf, pour qui le monde rural est confronté à des difficultés spécifiques, comme celle “de concilier vie de famille et vie professionnelle, ou celle de trouver des modes de garde d’enfants adaptées à leurs horaires de travail“, souligne Marie-Andrée Blanc. Dans le même ordre d’idée, pour Magali Rascle, “le rôle et l’action de la MSA ne se limitent pas uniquement à la santé, ni aux agriculteurs : elle bénéficie à l’ensemble des populations des zones rurales, qu’elles soient affiliés ou non à la Mutualité sociale agricole“.

La question de la solidarité et des droits – du point de vue de l’accès, comme de leur connaissance – a aussi été abordée sous ses différents aspects. Le président de la CCMSA est notamment revenu sur les mesures prises pour tenter de juguler l’épidémie de Covid : “La question de l’approvisionnement en denrées alimentaires s’est posée rapidement, après l’annonce du confinement par le président de la République. Il a pu continuer grâce au travail des agriculteurs, même si leur profession n’a pas été jugée prioritaire et que leurs enfants ne pouvaient donc pas être accueillis dans les établissements scolaires. C’est la solidarité intra et extra-familiale qui leur a permis de poursuivre leur activité“ a rappelé Pascal Cormery.

Des contraintes inhérentes au milieu agricole

Autre problème abordé : celui du congé parental. “Certes, les mères peuvent y prétendre. Mais beaucoup y renoncent en raison de prestations versées qui ne sont pas à la hauteur et du reste à charge pour les familles“, note Marie-Andrée Blanc. “Beaucoup de femmes préfèrent négocier une rupture conventionnelle avec leur employeur, ou choisissent de ne pas rechercher d’emploi en fin de CDD. Le nombre de femmes inscrites à Pôle emploi progresse, et elles perçoivent souvent une indemnisation très faible.“ Une des conséquences de cette situation est le recul du nombre de naissances. “Et cela se traduit, dans certaines communes, par des fermetures de classes dans les écoles...“, a rappelé Marie-Andrée Blanc.

Les contraintes inhérentes au milieu agricole – comme la difficile séparation entre vie professionnelle et vie familiale – ont, elles aussi, des répercussions inattendues, d’autant que s’y ajoutent certaines injonctions encore très prégnantes : “C’est encore très compliqué pour un homme, même pour les jeunes générations, de prendre un congé paternité et donc d’arrêter de travailler, pour être aux côtés de son enfant et de sa femme, après la naissance. Vous risquez d’être considéré comme un fainéant“, estime la présidente de l’Unaf. “D’autant que de nombreux salariés et chefs d’exploitation ne connaissent pas forcément les droits auxquels ils peuvent prétendre“, renchérit Magali Rascle, pour la MSA Provence Azur.

Enfin, un dernier point a été abordé par les intervenants : celui du manque de structures dédiées à la garde d’enfants dans les territoires ruraux, ou leur inadaptation du point de vue des horaires. “La MSA travaille sur ce point“, a annoncé Magali Rascle, en évoquant la création de micro-crèches, de lieux destinés à accueillir des assistantes maternelles ou les personnes désireuses de le devenir, ou encore de structures avec des horaires d’ouverture élargis. Cette problématique est d’autant plus aiguë que “beaucoup de familles monoparentales s’installent en zones rurales, en pensant, à tort, que les conditions de vie y sont plus faciles“, relèvent les intervenants. “Beaucoup d’entre elles déchantent“, confirme la présidente de l’Unaf : “Si les loyers sont moins élevés que dans les métropoles, le manque d’offre de transports publics rend la voiture indispensable. La récente hausse du prix du carburant a montré que c’est un poste qui pèse lourdement dans le budget des familles“. 

Julien Dukmedjian

 

(1) La concertation est organisée autour de cinq thèmes : l’accès aux soins, le bien-être agricole, les familles et les jeunes ruraux, la mise en place d’une société rurale inclusive, l’accès aux services publics. Il est possible d’y contribuer, jusqu’à fin novembre, via un site internet dédié : https://concertation.agissonspourlaruralite.fr


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