“Ne rien avoir à regretter !“

Publié le 20 juillet 2021

Aurélien Knipping en pleine récolte des tomates (@ Emmanuel Delarue).

À seulement 24 ans, Aurélien Knipping – installé depuis trois ans sur la commune du Puy-Sainte-Réparade – produit des légumes bio à son compte. La vente directe est son credo. Pour donner vie à son projet, le jeune agriculteur “presque malgré lui“ a dû surmonter plusieurs obstacles, et préfère ne pas se projeter à trop long terme.

Dans des secteurs aussi prisés que le nord d’Aix-en-Provence, où l’accès au foncier agricole reste également difficile, l’agriculture progresse malgré tout. Et elle peut compter sur des jeunes qui, comme Aurélien Knipping, n’ont pas froid aux yeux. Le jeune homme de 24 ans, natif du coin et installé hors cadre familial depuis trois ans déjà au Puy-Sainte-Réparade, continue de batailler pour asseoir sa jeune structure. Bien qu’il ait suivi un itinéraire de formation agricole à la Maison familiale et rurale de Garachon, à Lambesc, il a pourtant longtemps eu du mal à s’imaginer exploitant. Il faut dire que, quand on n’est pas fils d’agriculteur, aimer travailler la terre ici est loin d’être la garantie de pouvoir en vivre !

Le stage que j’ai effectué en bac pro chez un exploitant m’a plu, mais je n’avais malgré tout aucun projet derrière. Me lancer n’était pas prévu du tout“, explique-t-il avec le recul. Il a même commencé à ‘tourner le dos’ à l’agriculture, en choisissant de poursuivre des études dans le commerce, sur Aix. Mais il s’est très vite rendu compte que c’était bien le métier d’agriculteur qui lui plaisait. Et c’est à l’autre bout du monde, aux Philippines, lorsqu’il réalise un projet qui lui tenait à cœur dans l’humanitaire, que le destin semble lui sourire.

Opportunité inespérée

On l’informe en effet qu’un terrain agricole, intéressant pour y développer du maraîchage bio, serait à vendre sur sa commune ! Une opportunité qu’il saisit en répondant à l’appel à candidature de la Safer. Sans un sou en poche, c’est le soutien financier de son père qui lui permet de se positionner pour acquérir cette parcelle de 2,40 hectares. Le voilà donc inscrit comme cotisant solidaire. Il fait aussi une demande de Dotation jeune agriculteur (DJA) auprès de la Chambre d’agriculture, et commence à travailler ses terres. Il parvient à installer dans le même temps trois serres sur une petite parcelle qu’il loue. Son projet, au départ inespéré, prend forme petit à petit. Mais comme il le reconnaît sans mal, “c’est vraiment l’entraide des maraîchers sur la commune, les coups de main des uns et des autres, le prêt de matériels, etc.“ qui l’ont vraiment aidé à voler de ses propres ailes. “Le soutien d’un voisin agriculteur en particulier, Robert Alphonse, m’est toujours très précieux“, ajoute le jeune homme, qui n’hésite pas, de son côté, à rendre la pareille autour de lui.

En contractant son prêt, il achète aussi un petit tracteur polyvalent. Mais il lui manque encore du matériel technique, notamment des outils pour travailler le sol et éviter que l’herbe prenne le dessus sur les cultures. La palette de légumes qu’il produit, en plein champ et sous tunnel, est particulièrement diversifiée. “Des courgettes, tomates, courges, melons, pastèques, choux, etc. J’essaye de produire tout ce que je suis en capacité de faire selon la saison et qui correspond à la demande“, rapporte le jeune maraîcher.

Cette année, il a implanté des oignons. Mais faute d’outils pour maîtriser la pousse de l’herbe, les cultures ont été compromises. Il vient aussi, depuis quelques jours, de mettre en place des poireaux et des choux.

Cabane de vente et magasin collectif

Toute sa production, il l’écoule au travers de deux circuits. Il a d’abord installé une cabane au bord de son champ, situé près d’une route. Elle lui sert de point de vente dès qu’il a suffisamment de diversification et de production. Elle est, en règle générale, ouverte de fin juin jusqu’à fin septembre. Cette année, il souhaite pouvoir prolonger un peu la saison. “L’idée serait de la garder ouverte au moins deux jours tout au long de l’année.“ Mais comme le reconnaît Aurélien, avec sa jeune mais déjà solide, expérience, “le plus dur n’est pas de vendre, mais de produire ! Produire suffisamment et proposer une offre diversifiée“.

En septembre, cela fera un an qu’il travaille aussi avec le magasin collectif ‘Carrément Bio !’ (voir encadré), qui s’est ouvert à quelques kilomètres. Le jeune maraîcher y fait deux permanences par mois. Une collaboration sur laquelle il souhaite bien sûr continuer de s’appuyer, pour développer son exploitation.

Pour l’instant, je réinvestis tout ce que je gagne“, explique Aurélien Knipping, et son objectif “est de parvenir à acquérir tout le matériel de production dont j’ai besoin“. Il s’est aussi positionné auprès de la Safer pour trouver l’équivalent de la parcelle qu’il loue et qu’il n’est pas certain de conserver, à terme. Il souhaiterait pouvoir y installer trois serres de plus, “histoire d’étaler davantage mes cultures entre les productions d’été et celles d’hiver“. Pour l’instant, à chaque intersaison, le manque de place le limite dans sa production.

Du côté de ses cultures, il n’a jusqu’ici pas eu à se plaindre. Avant qu’il ne les occupe, les terres étaient déjà certifiées en bio. Et, cette année – hormis les pucerons qui lui donnent un peu de fil à retordre sur aubergines et poivrons – ses rendements sont très corrects. “J’ai une grosse production de tomates anciennes parce qu’il y a une vraie demande. Mais, ici, c’est aussi une bonne terre à poireaux, et les carottes, que je n’ai pas encore pu vraiment développer, poussent aussi très bien“, observe le jeune maraîcher.

C’est la troisième année qu’Aurélien Knipping produit des légumes bio. Il n’a, pour l’instant, guère le temps de lever la tête du guidon. Son apprentissage est toujours en cours, et il préfère ne pas tirer des plans trop hâtifs sur la suite de son parcours. Comme il l’explique, “trouver un morceau de terre pour installer mes serres sera déjà un bel objectif d’atteint“. Il verra, à la fin de son parcours à l’installation, le chemin réalisé avant de faire le point. En attendant, il “donne tout, pour ne rien avoir à regretter“. Une mentalité tout à son honneur. 

Emmanuel Delarue

 


En parallèle du magasin collectif ‘Carrément Bio !‘, le jeune maraîcher vend ses légumes quasiment sur leur lieu de production (@EMMNUEL DELARUE).

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