Partenariat : SNCF / Eleveurs : plus de bêtes, moins d’herbicides

Publié le 04 mai 2021

Comme l’explique Rémy Benson, "ce partenariat peut être une belle opportunité pour des jeunes qui s’installent ou des éleveurs qui cherchent des terres" (@ SA).

C’est un partenariat gagnant / gagnant que la SNCF, l’un des plus grands propriétaires foncier de France, et les éleveurs des Bouches-du-Rhône initient dans le département.

Convaincus de l’intérêt du pastoralisme et du sylvopastoralisme sur le territoire, les gestionnaires de la Défense de la forêt française contre les incendies (DFCI), les collectivités locales et territoriales ou encore les propriétaires forestiers, encouragent et associent de plus en plus l’élevage pastoral à l’entretien des espaces naturels. Celui-ci est d’autant plus nécessaire que le réchauffement climatique intensifie les risques incendies. Lors des derniers grands feux qui ont touché le département en 2016 et 2017, les zones agricoles DFCI et les massifs pâturés et entretenus ont été moins impactés, stoppant alors la propagation des incendies. Mais le pastoralisme séduit aussi acteurs privés comme publics pour répondre à d’autres enjeux, écologiques notamment.

La Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône s’est vue, à ce titre, sollicitée par SNCF Réseau. En recherche d’alternatives pour désherber les abords des voies ferrées, son service ‘Développement durable’ s’est tourné vers les éleveurs du département. De son côté, la profession est constamment à la recherche de nouvelles surfaces pour faire pâturer les cheptels. Une aubaine donc, puisque les talus ferroviaires et les espaces qui bordent les voies ferrées représentent un potentiel de surfaces pâturables très important dans le département.

Une collaboration inédite a donc été lancée à partir de ce constat, entre la Chambre d’agriculture et la SNCF. “Pour SNCF Réseau, c’est une façon d’entretenir les emprises ferroviaires sans avoir recours à des herbicides. Pour l’éleveur, c’est le moyen d’avoir accès à de nouvelles zones de pâturage”, résume Sébastien Attias, responsable du pôle ‘Élevage’ de la Chambre d’agriculture.

L’objectif, pour les deux partenaires, est de développer, d’une part, des mises à disposition pour répondre aux pressions foncières pesant sur les agriculteurs ; d’autre, part, d’entretenir des emprises ferroviaires de manière durable. Un premier travail a été engagé pour identifier les zones se prêtant au pâturage, avec une surface minimale et facilement sécurisables.

Près d’Arles, un talus ferroviaire d’une dizaine d’hectares a rapidement été mis à disposition de Rémy Benson, éleveur installé à proximité. Il a été contacté par la Chambre d’agriculture pour y faire paître ses brebis et béliers. “C’est une bonne initiative, dans le sens où les brebis entretiennent des sites. C’est positif d’un point de vue sociétal. Et pour nous, éleveurs, c’est aussi intéressant, dans la mesure où ces mises à disposition sont envisageables à proximité de terres que l’on pâture déjà. Et c’est mon cas, puisque j’ai des terrains limitrophes. Mais ce peut être aussi une opportunité pour des jeunes qui s’installent, qui cherchent des terres”, observe l’éleveur.

Un potentiel de 500 hectares

D’autres projets sont à l’étude et devraient progressivement aboutir sur le département. Et il pourra s’agir de zones plus importantes, de l’ordre de 30, 40, voire 50 ha. “D’après la SNCF, près de 500 hectares seraient potentiellement pâturables à l’échelle du département. Tous les abords des voies ferroviaires ne sont pas forcément tous exploitables et, pour faire pâturer des troupeaux d’animaux à proximité des infrastructures, rien ne doit être laissé au hasard.”

Une convention de partenariat officielle entre la Chambre d’agriculture et la SNCF doit être signée pour la remise en culture de l’ensemble de ces zones délaissées. La question de la clôture des abords, et de leur sécurisation, y sera bien précisée. Elle reste d’ailleurs sous la responsabilité de la SNCF. Deux secteurs devraient sous peu pouvoir être pâturés par les éleveurs : “Il s’agit d’une zone d’une vingtaine d’hectares sur Tarascon, et une autre zone DFCI d’une trentaine d’hectares sur le Comtat et la Montagnette”, précise Sébastien Atias.

Pour que les éleveurs puissent en bénéficier, le Pôle élevage de la Chambre d’agriculture communique aux éleveurs les zones, le nombre de surfaces et le cahier des charges à satisfaire. Dans certains cas, comme sur Arles, c’est l’éleveur le plus proche qui pourrait être sollicité. Mais c’est bien une cellule de sélection qui devrait choisir des candidats selon des critères précis établis, comme la taille des troupeaux, la proximité, etc. avec la profession et la SNCF. Une fois sélectionné, l’éleveur sera lié à la SNCF par une convention qui l’engage à entretenir le terrain.

Conventionnement de six ans

La Chambre d’agriculture a déjà pu obtenir le fait que l’éleveur puisse venir y pâturer sur une durée minimum de six ans, ce qui permettrait, sur des zones larges, de pouvoir engager des aides Pac sur ces surfaces. Le dispositif, innovant, devrait très bien être déployé sur le département.

Cette nouvelle initiative est dans la lignée de ce que la Chambre d’agriculture met en place depuis trois ans autour de l’éco-pâturage. Avec le soutien de la Métropole Aix-Marseille-Provence, elle propose un service de mise en relation entre propriétaires et éleveurs du département pour favoriser l’éco-pâturage dans le département. Il est relancé cette année et devrait bénéficier à des éleveurs du département avant qu’ils ne partent en estives. “C’est le fruit d’un travail engagé depuis de nombreuses années par la Chambre et son pôle ‘Élevage’ pour fédérer les éleveurs. Il repose aussi sur la connaissance de l’ensemble des installations en élevage et la volonté de favoriser les jeunes”, conclut Sébastien Attias. 

Emmanuel Delarue

Contact : Sébastien Attias, responsable pôle
Élevage / Développement technique de l’entreprise , 07 70 94 01 49,
s.attias@bouches-du-rhone.chambagri.fr


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