Pastoralisme : Un modèle d’agriculture durable à protéger

Publié le 18 juin 2019

Le pastoralisme, une réponse au changement climatique et aux exigences sociétales en matière d’élevage.

Les systèmes d’élevages de la région ont valeur de modèle vertueux que ses acteurs veulent continuer de défendre et développer.

Le durcissement du guide d’admissibilité des surfaces aidées par la Pac a été perçu, l’an dernier, comme un très mauvais signal pour les élevages pastoraux et de plein air. Le nouveau dispositif, davantage sujet à interprétation, exclut de nombreuses surfaces pâturées par les élevages de nos départements. Cette révision, largement dénoncée par la profession, remet très sérieusement en question un mode de fonctionnement extensif et des pratiques ancestrales encore très répandues entre Provence et Alpes.

Elle vient aussi directement affaiblir de nombreuses exploitations pour qui les soutiens de la Pac constituent une bonne partie du revenu. Beaucoup d’éleveurs n’auront d’ailleurs d’autres choix que de se délocaliser ou d’arrêter leur activité. Outre ces conséquences économiques, les effets sur l’environnement en matière d’aménagement du territoire et de biodiversité sont aussi à craindre. La Confédération Paysanne de Paca – qui défend un pastoralisme moderne faisant vivre des fermes et des territoires dans une logique environnementale vertueuse – a organisé deux journées de rencontres autour de ces enjeux. Des représentants nationaux et régionaux, accompagnés d’éleveurs, sont allés les 3 et 4 juin derniers à la rencontre de ceux qui font le pastoralisme dans la région.

Bruno Salle est l’un d’entre eux. Installé depuis 25 ans sur le domaine départemental du Puits-d'Auzon, à Vauvenargues, il est à la tête d’un troupeau de 200 brebis viande qu’il conduit en élevage extensif et qu’il fait transhumer en Ubaye durant l’été. Avec les premières attaques de loup qu’il a connues sur les flancs de la Sainte-Victoire en 2011 – et qui l’ont déjà contraint à réduire son cheptel et à limiter ses pâturages dans certains secteurs – il est obligé d’envisager aujourd’hui aussi de ne plus pouvoir répondre aux objectifs de Défense des forêts contre l'incendie (DFCI), pourtant à l’origine de son installation.

Un rôle environnemental plus que d’actualité

Les 300 hectares d’espaces boisés et de collines où il fait pâturer ses brebis Mourerous sont, pour une grande partie, des zones qui ne sont plus éligibles aux aides Pac. Le nouveau règlement français menace aujourd’hui complètement ce secteur primable. “Si les surfaces éligibles disparaissent, je me délocaliserai puisque mon revenu est majoritairement constitué des primes”, explique-t-il. La convention de pâturage, qui le lie avec le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, lui permet pourtant de “réaliser depuis des années un vrai travail d’entretien de l’espace”.

Pour rappel, les étés 2016 et 2017 ont été dramatiques en Provence sur le front des incendies. Des milliers d’hectares sont partis en fumée, et le réchauffement climatique intensifie ce risque. Les zones agricoles DFCI et les massifs pâturés et entretenus ont été moins impactés et ont stoppé la propagation des incendies. L’entretien des zones DFCI par le pâturage peut en effet largement contribuer à une lutte efficace contre le fléau. Et, pour l’éleveur, il est regrettable que la France ait décidé de restreindre les critères d’éligibilité pour les éleveurs sur ces systèmes pastoraux.

Un atout pour l’installation

Dans la vallée de l’Arc, l’intérêt du pastoralisme et du sylvo-pastoralisme sur le territoire ont aussi séduit les collectivités et les propriétaires. Sur Trets, Myriam Arnaudy et Alban Léonard ont pu créer leur élevage de Mérinos il y a dix ans, dans un secteur où le pâturage en forêt s’est logiquement imposé pour entretenir les zones de garrigue provençale. L’accès au foncier y est également très difficile, mais les deux éleveurs du Gaec ‘Les bons agneaux’ ont été accueillis sur le domaine viticole de Grand Boise, où leurs 300 brebis pâturent le vignoble et ses alentours. C’est le propriétaire qui, au départ, a acheté le cheptel et leur a confié la gestion du troupeau, avant qu’ils ne s’installent définitivement. Les deux éleveurs produisent de l’agneau vendu en direct et de la laine, un débouché qui leur permet de diversifier leur activité. Mais, comme pour beaucoup d’autres comme eux, “ce sont les primes qui permettent de vivre”, confie Myriam. En effet, les soutiens de la Pac représentent la moitié de leur revenu. Très attentifs aux réformes qui s’annoncent, ils déplorent que la pratique du sylvo-pastoralisme – qui contribue à la gestion d’un territoire et qui s’avère être une solution à l’installation – ne soit pas considérée à juste titre. 

 

Emmanuel Delarue

 


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