Patrice Brun, président de la Safer Paca : "Lancement d’un fonds de portage national"

Publié le 30 novembre 2021

“Il faut être en capacité de financer les jeunes qui veulent s’orienter vers l’agriculture, et ce fonds de portage est une nouvelle corde pour la filière.“ (© DR)

Le 56e congrès de la Fédération nationale Safer se tient à Marseille, le 2 décembre prochain, après un report l’an passé dû à la situation sanitaire. Un temps fort pour la structure, d’autant plus dans un contexte législatif dense en cette fin d’année, comme le rappelle le président de la Safer Paca, Patrice Brun.

Alors que l’économie repart, la région Paca a été choisie pour accueillir le congrès national de la FNSafer. Y voyez-vous un signe ?

Patrice Brun : “Oui, c’est une reconnaissance pour notre région. Ce congrès devait initialement se dérouler l’an dernier et avait dû être annulé. On peut le faire cette année, même si son organisation sera compliquée jusqu’au bout ! D’autant que nous attendons une importante délégation – nous devrions être entre 550 à 600 le jour du congrès –, ce qui prouve d’abord que les gens veulent se retrouver et échanger de vive-voix, après des mois de visio. Nous ne pensions pas être autant. Ce congrès s’annonce riche, entre la mobilisation et les dossiers qui y seront traités.“

 

Quelles seront les thématiques abordées durant ce congrès ?

P. B. : “Le fil rouge sera ‘Un chemin d’avenir’ pour justement voir plus loin que le quotidien et élargir la palette de nos préoccupations, nombreuses. Cela fait partie de nos prérogatives, d’essayer d’anticiper. La Safer Paca a, sur le sujet, sans doute déjà un temps d’avance, puisque nous nous sommes ouverts il y a quelques années à d’autres partenaires, notamment les collectivités. Nous avons développé des outils – comme OpenFrichMap –, mais aussi des partenariats – je pense aux Conventions d’intervention foncières notamment (plus de 200 au niveau de la région, ndlr) – sans oublier les démarches des concertations citoyennes que nous avons menées entre juin et septembre dans nos six départements, avec deux rencontres départementales, qui ont permis d’enrichir l’élaboration de notre stratégie, inscrite dans notre prochain Programme pluriannuel d’activité des Safer1. Cette façon de faire, d’aller à la rencontre des citoyens, a pu surprendre. Ce dialogue va se poursuivre, à commencer par les deux tables rondes proposées lors du congrès. Nous y parlerons changement climatique, souveraineté alimentaire, attentes sociétales, biodiversité dans la première. Dans la seconde, nous donnerons la parole à nos partenaires et verrons ensemble les pistes de progrès possibles, et comment, chacun à notre niveau, nous pouvons être novateur dans ce monde qui bouge.“

 

Justement, où en est-on sur l’avancement de la loi foncière ?

P. B. : “La commission mixte Sénat – Assemblée nationale aura eu lieu la veille du congrès. Nous devrions avoir quelques informations. Pour l’heure, oui, nous sommes très déçus par rapport à ce qui s’est passé après l’Assemblée nationale, car le consensus était là. En même temps, il faut être réaliste : le dossier tombe en plein dans un jeu politique, à quelques mois des élections présidentielles. Il n’empêche, on a l’impression de passer un peu à côté de quelque chose de bien. Le vote bloqué au Sénat a empêché tout dialogue. Dans tous les cas, il faut être excessivement prudent. On attend donc de voir les derniers arbitrages de cette commission mixte.“

 

Le ministre de l'Agriculture est attendu. Est-ce que cela laisse présager des annonces ?

P. B. : “Il sera normalement là en fin de journée. Il tenait absolument à lancer le Fonds de portage national, mis en place par la Safer et ses partenaires. Doté d’une enveloppe de 65 millions d’euros par an, ce fonds vise à faciliter l’installation en agriculture. Concrètement, un jeune souhaitant s’installer sera orienté vers ce fonds et signera un bail, via des baux de carrière ou des baux à 18 ou 25 ans. Par rapport à la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) ‘Terre Adonis’ – mise en place avec la Coopération Agricole Sud et la Région Sud2, et qui a pu servir de modèle à ce fonds de portage national – il n’y aura pas obligation de devenir propriétaire. C’est important dans le cadre du renouvellement des générations agricoles. Nous allons vivre un bouleversement, d’autant que nous avons aujourd’hui un déficit notable de nouveaux entrants dans le monde agricole à combler. Il faut être en capacité de financer les jeunes qui veulent s’orienter vers l’agriculture, et ce fonds de portage est une nouvelle corde pour la filière.“

Propos recueillis par Céline Zambujo

(1) Lire notre édition du 5 novembre 2021.

(2) La SCIC ‘Terre Adonis’ permet d’acquérir des terres, par l’intermédiaire de la Safer Paca, et de les louer à un nouvel installé ou un exploitant à consolider. Le bénéficiaire (agriculteur) s’engage par ailleurs à acquérir ces terres dans un délai de 7 à 15 ans maximum.

 


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