Pêche bio : un challenge plus accessible

Publié le 25 juin 2019

Pour se lancer dans le bio, Denis Collado a privilégié la conception d’un verger, plutôt que la conversion de parcelles en production.

Le bio apparaît aujourd’hui, pour bon nombre d’arboriculteurs, comme un enjeu plus réalisable. Un choix où la création d’un verger s’appréhende aussi plus facilement qu’une conversion.

Le marché français de la pêche bio, grand ouvert aujourd’hui, est aussi plus accessible, même si tous les verrous techniques n’ont pas encore sauté. Essentiellement alimenté par des producteurs des Pyrénées-Orientales actuellement, on observe pourtant, en région Paca, le développement d’ateliers - ou de petits vergers - de pêchers en bio, qui s’appuient sur de bons choix variétaux, des conceptions différentes, avec des densités augmentées et, quelquefois, sur des formes qui peuvent éventuellement accueillir des structures paragrêle ou anti-pluie. Ce sont aussi des vergers dans lesquels le travail du sol, ou l’emploi de bâches hors-sol tissées, pour la gestion des mauvaises herbes, se développe. Il s’agit surtout d’entités nouvelles de quelques hectares, mises en place par des exploitants qui ne lèvent pas pour autant la main sur leur verger de pêches traditionnel.

Avec les essais systèmes conduits dans le cadre des programmes Écophyto et sur les stations d’expérimentation, les producteurs disposent désormais d’un recul suffisant pour maîtriser les itinéraires techniques en verger bio. Mieux, au plan règlementaire, de nouvelles homologations sont arrivées, qui élargissent la palette des solutions sur le terrain. Les résultats agronomiques obtenus sur les comparatifs de vergers conduits en Production fruitière intégrée (PFI), bas intrants et bio, avec les mêmes variétés, sont encourageants pour ceux qui veulent se lancer.

Apprentissage des itinéraires du bio

C’est le cas de Denis Collado, qui produit de la pêche à l’extrémité de la plaine de la Crau, sur la commune d’En­tressen. À la tête de sa propre exploitation depuis 12 ans, l’arboriculteur a débuté comme ouvrier agricole, et a aussi été chef de culture de nombreuses années. Il se lance aujourd’hui un nouveau défi, celui de produire de la pêche en bio. “Je souhaitais pouvoir le faire lorsque je me suis installé, en 2007. Mais à l’époque, faute d’appuis financiers suffisants, les banques étaient assez réticentes pour me suivre”, explique-t-il. Il a alors planté un verger de nectarines et d’abricots en conventionnel. Neuf hectares pour chacune des deux espèces, qu’il a toujours conduits de manière raisonnée, “avec beaucoup d’observations, dans l’objectif de limiter au maximum les interventions chimiques”.

Il s’appuie donc sur des solutions utilisables en agriculture biologique, comme “le soufre, pour lutter contre les maladies fongiques, et la confusion sexuelle, pour gérer la tordeuse orientale”. Il parvient aussi à réguler les populations de pucerons avec l’emploi de savons, et utilise le piégeage massif contre les forficules et le cossus. Autant d’alternatives qu’il compte bien approfondir et développer sur son nouveau verger de pêchers qu’il a planté sur 12 ha, en mars dernier. Ces années lui auront finalement permis d’avoir, aujourd’hui, le recul suffisant pour maîtriser les itinéraires techniques en verger bio.

Densification des plantations

En concevant ce verger, il a choisi de resserrer les arbres sur des densités de 660 arbres/ha contre 440 arbres/ha sur son verger conventionnel actuel. “La charge par arbre sera moindre, mais compensée par le rendement à l’hectare”, explique-t-il. Il vise ainsi entre 20 et 25 t/ha, quand la production de son verger classique se situe plutôt autour de 35 t/ha. Il assure aussi que, “si les arbres seront plus petits et moins vigoureux, ils devraient produire des fruits de plus gros calibre”.

Il a planté 18 variétés, sélectionnées pour leur rusticité et leur débourrement tardif. Pour préparer les sols avant plantation, il a mis en place un semi de sorgho fourrager, afin d’apporter de la matière organique, décompacter les sols et jouer sur son ‘petit’ effet désinfectant contre les cham- pignons. Dans les sols peu profonds et caillouteux de la Crau, les vergers de pêchers sont classiquement implantés sur buttes. Mais pour mieux maîtriser l’enherbement et faciliter les interventions mécaniques futures, il a planté ses arbres à plat. Il travaillera le sol en hiver – avec un outil spécifique adapté aux cailloux qu’il est en train de concevoir – et fauchera les mauvaises herbes après le débourrement. Sur la parcelle, les opérations de désherbage ont déjà démarré.

Emmanuel Delarue

 


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