Pomme française : une offre différenciée pour contrer la concurrence

Publié le 26 octobre 2021

Avec une récolte similaire à celle de l’année dernière, l’approvisionnement français n’aura cette année pas de difficultés à alimenter les rayons ( Ph. Boisson).

Malgré la faiblesse des calibres de pomme cette année et le manque de volume, le démarrage de la campagne commerciale reste positif, avec des valorisations tarifaires plutôt bonnes pour la production. Mais, dans les exploitations, les pertes et les surcoûts s’accumulent.

Les chantiers de récoltes de pommes se poursuivent activement dans les vergers français, et les prévisions annoncées à l’occasion de Prognosfuit, début août, de 1,375 million de tonnes (Mt),

se confirment globalement. Avec les retours des adhérents et les ajustements sur gala et golden notamment, les dernières actualisations de l’Association nationale pommes poires (ANPP), au 1er octobre, faisaient état d’un volume attendu de 1,363 Mt de pommes. "Certains producteurs sont clairement déçus, pas nécessairement par les volumes mais par un manque de calibre", retient Josselin Saint-Raymond, le directeur de l’ANPP.

Le phénomène qui vient l’expliquer est relativement simple : dans les vergers, le gel de début avril a provoqué la destruction des fleurs centrales. La floraison des pommiers s’est développée sur des fleurs secondaires, du bois d’un an, et les fruits qui en sont issus ont un potentiel de grossissement largement divisé. Avec les trois jours de gel fatidiques au début du mois d’avril, il y a eu aussi un blocage relativement long des arbres. Quasiment trois semaines sans croissance en raison des gelées ininterrompues et d'un temps très froid.

Dans l’impasse face au puceron

Sur le reste du cycle végétatif, la pression tavelure a été significative du fait de la pluviométrie importante, de mai à juillet. Point positif, les irrigations en vergers ont été considérablement réduites. "En revanche, les producteurs ont connu des attaques de pucerons assez tardives qui ont pu être dommageables dans certaines zones. Pour y faire face depuis l’interdiction des néonicotinoïdes, la profession est sans solution", commente le directeur de l’ANPP. Sur les exploitations, aux pertes financières significatives liées au manque de récolte, viennent s’ajouter les surcoûts liés à la protection, de l’ordre de 1 000 €/ha.

Sur un plan macro-économique, avec une récolte similaire à celle de l’année dernière, l’approvisionnement français n’aura pas de difficultés à alimenter les rayons. Mais la situation globale de la production française de pommes, cette année, ne doit pas faire oublier les situations individuelles ou régionales. Dans certaines zones géographiques – le Sud-Est, le couloir rhodanien, mais aussi dans le Val de Loire ou le Sud-Ouest – des exploitations se retrouvent avec des pertes très lourdes.

Un manque de calibre à compenser

Sur le marché, le premier impact d’un calibre de pomme inférieur à ce que l’on connait d’habitude est une baisse de la rémunération des producteurs. "Le marché attend un calibre moyen plutôt centré autour de 190 grammes. Or, le point d’équilibre devrait se situer entre 160 et 170 grammes", estime Josselin Saint-Raymond.

Et comme dans cette année particulièrement compliquée, tous les coûts sont à la hausse, à la production ou en station de conditionnement, "il va falloir se battre pour valoriser au mieux le produit, essayer à la fois de compenser notre manque de pommes tout en s’efforçant de limiter la casse sur l’ensemble des surcoûts qui nous sont imposés", ajoute le directeur.

Sur les débouchés français, la concurrence attendue n’est pas forcément nouvelle, mais elle monte en puissance et se positionne dans un contexte géopolitique complexe. La Turquie est bien implantée, notamment au Moyen-Orient, un marché habituellement couvert par la pomme française. Et en Europe, le poids de l’offre polonaise ne cesse de croître. Sans oublier également les productions de la Serbie ou de l’Ukraine, qui pèsent aussi avec un différentiel de prix extrêmement marqué.

Pour autant, "on ne doit surtout pas lâcher, continuer de se battre et redynamiser nos exportations avec une différenciation qualitative. Cela passe par les variétés et la maîtrise des équilibres offre-demande sur certaines variétés. La seule manière de franchir ce cap est avec une offre différenciée de nos concurrents, avec des volumes potentiels restreints par rapport au marché de masse", développe le directeur de l’ANPP.

Cependant, le démarrage de la campagne commerciale reste positif. Il peut certes être jugé mou sur le marché français par un certain nombre d’opérateurs, mais avec des valorisations tarifaires plutôt bonnes pour la production, malgré la faiblesse des calibres et le manque de volume. Pour la suite, l’ANPP reste prudente. "Quand on démarre très haut en prix, on peut aussi observer un blocage du marché. Il faut rester collectivement attentif au prix moyen d’une pomme. Pour le moment, le partenariat avec la distribution française est favorable et positif. Nous ferons ce qu’il faut pour l’approvisionner tout au long de la campagne", complète Josselin Saint-Raymond. 

Emmanuel Delarue


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