Portage de foncier : un vrai projet en coopération

Publié le 07 décembre 2021

Les caves coopératives de Pourrières, Pourcieux, Rousset et Puyloubier – par le biais de la SCI la haute vallée de l’Arc – ont signé, devant notaire, des baux cessibles hors cadre familial au profit de trois fermiers, le 25 novembre à Puyloubier.

Une opération de consolidation d’exploitation en coopération voit le jour dans le secteur Sainte-Victoire. Fruit de la volonté de cinq caves coopératives des départements des Bouches-du-Rhône et du Var de travailler ensemble, le projet va permettre à trois jeunes vignerons d’accéder à du foncier pour planter de la vigne.

“Contribuer à installer des jeunes ou conforter leurs exploitations, c’est vital. Le renouvellement des coopérateurs est indispensable pour conserver des outils coopératifs performants à l’avenir“, lançait Hélène Basset à l’issue de la matinée. L’opération – validée ce jeudi 25 novembre à la coopérative de Puyloubier – illustrait parfaitement les propos de la directrice des Vignerons coopérateurs du Var : devant notaire, les quatre caves coopératives de la Haute Vallée de l’Arc ont procédé à la signature de baux cessibles hors cadre familial au profit de trois fermiers coopérateurs. En jeu ? Près de neuf hectares en appellation Côtes de Provence Sainte Victoire composés de parcelles défrichées et prêtes à planter.

C’est un beau projet de consolidation d’exploitation en coopération“, confirme Georges Guinieri. Le président de la cave coopérative de Puyloubier participe au projet, au même titre que ses confrères de Pourrières, Rousset et Pourcieux.  Ce projet vise ainsi à faciliter l’installation de nouveaux viticulteurs. Pourtant, le souhait commun des caves coopératives, au départ, n’était pas forcément de louer des parcelles.

Une SCI pour l’achat de terres en commun

À l’origine, l’achat de terrains sur Trets par les quatre coopératives – avec celle de Lou Bassaquet, de Trets – était motivé pour créer une structure commune de vinification. Le projet – qui remonte à une dizaine d’années – n’a pas pu se faire. Mais “l’achat en commun d’une parcelle, par le biais d’une Société civile immobilière1 créée à cet effet, traduisait quand même une certaine volonté de travailler ensemble“, observe Jean-Luc Jauffret, président des Vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône.

Depuis le temps, la parcelle en bord de route était devenue une friche. Plutôt que de laisser incultes ces terres, ils ont fait le choix, en 2019, de trouver un dispositif pour les rétrocéder à des vignerons tout juste installés, ou en cours d’installation. Il faut dire que l’installation de jeunes est compliquée, vu le prix du foncier en Côtes de Provence Sainte-Victoire. Le projet permettrait également d’entretenir la parcelle et de rentrer des raisins dans les caves coopératives membres de la SCI. Pour organiser cette mise à disposition et trouver les fonds afin de remettre les terres en état, les présidents des caves coopératives ont dû se concerter, échanger et prendre des décisions.

En 2020, Florian Breda, Daniel Dos Santos Pinto et Gabriel Bourdin, trois jeunes vignerons coopérateurs, ont été désignés par quatre des cinq conseils d’administration. La cinquième, le Cellier Lou Bassaquet, a préféré conserver son lot pour assurer son autonomie dans l’épandage de ses effluents.

Soutenir l’outil de production

Une particularité est que les deux caves du département du Var ont souhaité s’entendre pour sélectionner le même fermier, afin de lui permettre de disposer d’une surface plus importante.

Chaque preneur bénéficie d’un bail cessible hors cadre familial de 18 ans. Ce bail permet à la fois de valoriser les travaux entrepris par le preneur pendant la durée du bail, et à la coopérative d’assurer une livraison des raisins. “L’objectif est aussi de venir soutenir l’outil de vinification, de rentrer des raisins, de contribuer à faire baisser les charges, etc. C’est toute cette chaîne qui est privilégiée avec cette opération“, commente Hélène Basset. La mise en place d’un bail rural cessible permet aussi de s’affranchir du risque de voir les fermiers quitter la coopérative après que celles-ci aient investi, acheté et remis en état les terres. Si un fermier souhaite malgré tout partir, il devra s’acquitter d’un pas-de-porte. C’est en effet la seule contrepartie de la mise à disposition des parcelles et des frais payés par les caves coopératives. Sur le projet mis en place dans la haute vallée de l’Arc, les conditions de cultures sont assez libres. “Pas de contraintes spécifiques, ni d’obligation de produire en bio ou en Haute valeur environnementale. Mais, de toute façon, les caves coopératives auxquelles adhèrent les trois jeunes sont déjà engagées dans des démarches environnementales“, souligne Hélène Basset.

Les plantations se dérouleront à la volonté des fermiers, puisque depuis le 25 novembre, ce sont eux qui décideront quand planter. Mais ils ne pourront planter que de la vigne. Leur objectif est de réaliser une demande d’autorisation de plantations nouvelles en mai 2021, pour une plantation en mars 2022. Pour les trois preneurs, c’est une nouvelle aventure collective qui commence. Le projet participera aussi à une continuité dans le rapprochement initial des caves coopératives. 

Emmanuel Delarue

 

(1) La coopérative les Vignerons du Mont Sainte-Victoire à Puyloubier, la cave de Rousset, la coopérative du Cellier de Marius Caïus à Pourrières, les Vignerons du Baou à Pourcieux, et Lou Bassaquet à Trets.


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