Pour perpétuer un savoir-faire, mais surtout une passion

Publié le 07 juin 2022

Laurent Doudon, vigneron coopérateur et président du GIE Iris et plantes de Provence, se consacre à produire des plants d'iris pour le groupe de producteurs (E. Delarue).

Installé dans le métier d’agriculteur grâce aux iris il y a 20 ans, Laurent Doudon perpétue le savoir-faire et l’image des iris sur Trets, avec sérieux et passion.

Dans la plaine de Trets, l’iris représente 30 ans de développement. Une toute petite poignée de producteurs convaincus et passionnés continue de produire la fameuse plante à fleurs violettes. Laurent Doudon fait aujourd’hui partie des héritiers de tout un savoir-faire. Avant lui, son père André a grandement œuvré pour comprendre et maîtriser l’itinéraire technique de l’iris. Installé depuis
21 ans, Laurent produit de l’iris depuis toujours.

Il est aussi, depuis l’année dernière, à la tête du Groupement d’intérêt économique (GIE) ‘Iris et plantes de Provence’ (IPP) qui s’est constitué localement. La structure rassemble six agriculteurs du bassin tretsois. Ensemble, ils poursuivent l’aventure de cette production qui, pour Laurent, représente bien plus qu’une simple production de diversification.

Un solide partenariat

Les premières années ont servi à comprendre le fonctionnement de la plante, à améliorer la densité de production, les rendements, la qualité des rhizomes, etc. Mais ce n’est pas fini”, assure le producteur, qui continue d’apprendre avec le solide partenariat établi avec le groupe ‘International Flavors and Flagrances’ (IFF). C’est avec ce leader mondial de l’industrie de la création de parfum et d’arômes alimentaires que les producteurs locaux collaborent.

L’industriel les accompagne dans l’élaboration des équipements indispensables à la production, mais travaille aussi de son côté sur les rhizomes, l’optimisation des quantités d’irone que l’on peut extraire sur certaines souches d’Iris pallida, et sur les nouveaux procédés naturels qui permettraient au lavage ou au séchage d’accélérer la production d’irone. Aux producteurs ensuite de multiplier en pépinière ces nouvelles souches, et de les mettre à l’essai dans leurs parcelles.

Chaque année, on essaie d’améliorer ensemble un procédé ou un aspect de la production qui permettraient de gagner quelques jours de récolte à l’hectare. Et, dès lors qu’une avancée validée techniquement et économiquement va dans le sens de la culture, IFF engage des frais pour soutenir directement les producteurs”, rapporte Laurent Doudon.

Pour produire de l’iris, il faut de la rigueur. Les producteurs sont audités chaque année, et l’acheteur est exigeant. Mais le jeu en vaut la chandelle, car l’iris est une culture rentable. Pour les producteurs, la rémunération à l’hectare atteint quelque 7 000 à 8 000 € de revenus, mais la quasi-totalité des équipements et les frais à engager pour produire sont pris en charge d’IFF.

Au vu du travail réalisé sur les itinéraires culturaux depuis 30 ans et le niveau de partenariat avec l’industriel, dans le secteur de Trets, la filière a un véritable avenir”, assure Laurent Doudon.

Il faut compter 30 tonnes à l’hectare de rhizomes frais pour une bonne production. C’est l’objectif fixé par l’industriel. Dans ce partenariat, c’est le travail fourni qui est rémunéré, pas la quantité produite. “Différents barèmes fixent les travaux que les producteurs du GIE réalisent chaque année et, si les itinéraires techniques fixés sont respectés, les producteurs sont payés tous les
six mois, ce qui permet un apport de trésorerie régulier”, ajoute l’agriculteur.

Pépiniériste en iris

S’il a débuté son métier d’agriculteur grâce aux iris et aux plantes aromatiques, Laurent est aussi vigneron coopérateur et apporte son raisin aux caves coopératives de Trets, de Pourrières et de Pourcieux. Aujourd’hui, il a complètement arrêté de produire des plantes aromatiques. La gestion de toutes ces cultures devenait de plus en plus complexe. “En septembre, il fallait récolter le thym, faire les vendanges, planter les iris ; en octobre semer les céréales… cela commençait à faire trop. J’ai en revanche conservé les iris, parce que cela me permettait de donner du travail aux employés toute l’année. Et puis aussi car l’idée de vendre un service me plaisait bien.” Mais c’est surtout parce que Laurent a les iris dans les tripes, même si
80 % de ses revenus sont aujourd’hui générés par la vigne.

Plus réservé que son papa, il est cependant tout aussi prolixe quand on le lance sur la culture. Ce n’est pas pour rien que les médias, l’industrie du luxe ou des organisateurs de voyages le sollicitent régulièrement pour découvrir les champs tous bleus de la vallée tretsoise, au mois de mai.

Son travail consiste bien sûr à présider, animer le GIE IPP et tout le relationnel avec l’industriel. Mais, sur l’iris, il se consacre désormais à produire exclusivement des plants et fait office de pépiniériste pour le groupe de producteurs du GIE IPP. Il gère à cet effet au total quelque 4,5 ha d’iris, indispensables à la filière locale. Chaque année, environ 1,5 ha de pépinières sont nécessaires à planter pour répondre aux besoins des producteurs du GIE, qui enregistre entre 8 et 10  ha de plantation chaque année. À l’échelle du GIE, 15 ha d’iris sont actuellement en cultures et, cette année, 5 ha seront récoltés à partir du mois de juin.

Neuf hectares supplémentaires seront plantés l’année prochaine. En effet, l’objectif est d’atteindre 30 ha d’iris en 2025 pour espérer faire des rotations et récolter environ 10 ha à l’année. Car, après 30 ans d’existence de la filière au plan local, la demande d’iris est toujours aussi forte !

Emmanuel Delarue