Prémices du riz : année singulière pour le riz de Camargue

Publié le 22 septembre 2020

Rendez-vous traditionnel de septembre, les ‘Prémices du riz’ mobilisent la filière qui répond chaque année présent, pour prendre connaissance des dernières informations techniques sur la culture (photo : Céline Zambujo)..

Le rendez-vous technique est attendu chaque année par les riziculteurs et 2020 ne déroge pas à la règle. Mieux, les producteurs étaient tout aussi nombreux qu’à l’habitude et, surtout, équipés de masques pour assister à la rencontre technique proposée par le Centre français du riz et Arvalis.

Le 11 septembre dernier, le Mas d’Adrien, à Fourques, fourmillait de discussions et d’éclats de rire. En ces temps incertains, les riziculteurs n’ont pas fait faux bond au Centre français du riz (CFR), à Arvalis, à la Région Sud et au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui proposaient leur traditionnel rendez-vous technique des ‘Prémices du riz’ en cette rentrée de septembre.

Comme d’habitude, Cyrille Thomas, ingénieur du Centre français du riz, a lancé les débats, avec un premier bilan de la campagne rizicole. “Les conditions en début de cycle ont été plutôt favorables en mai, avec des sommes de températures supérieures à la normale.” Mais les semis étalés, “voire tardifs”, n’ont pas forcément valorisé ces températures élevées, d’autant que le vent, à partir de la mi-mai, a ralenti les chantiers de semis et pénalisé la vitesse de développement d’installation. Résultats : “On est sur des densités moyennes satisfaisantes (autour de 250 plants/m², ndlr), pas non plus extraordinaires malgré des conditions thermiques favorables, mais supérieures à l’an dernier”, qui flirtait plutôt avec les 200 plants/m².

Par la suite, les températures de juin ont été plus faibles, celles de juillet et d’août plus élevées, avec des petites périodes de refroidissement début août, fin août et début septembre. “Pour des semis à des dates relativement précoces, ce n’est pas problématique. Ça l’est un peu plus sur les semis tardifs.” En effet, plus on sème tard, plus le cycle se raccourcit et limite ainsi le potentiel de production. “Mais cette année, nous n’avons pas observé de cycles anormaux” et l’année 2020 se caractérise par un cycle semi-épiaison “moins allongé” que 2019.

Autre point d’attention du CFR : la ges-tion de l’enherbement, “problématique majeure”, alors que les solutions techniques pour les producteurs se réduisent à peau de chagrin et font dire à Bertrand Mazel, président du Syndicat des riziculteurs de France et président de l’Union des riziculteurs européens (voir encadré), que “si nous n’avions pas ces problèmes d’enherbement, nous aurions le marché pour développer de 50 % les surfaces rizicoles en Camargue”.

Trois variétés en inscription

Puis, les riziculteurs ont cheminé vers les essais variétaux commentés par Arnaud Boisnard, ingénieur en charge de la sélection variétale au CFR. Il a rappelé les objectifs de sélection “par rapport au climat, aux données agronomiques et technologiques”, soulignant “qu’en
Camargue, les semis démarraient en mai et que la récolte intervenait en octobre, et qu’il fallait donc proposer du matériel capable de résister aux maladies, à la verse, le tout avec une productivité suffisante
”.

La sélection variétale française repose à la fois sur la pépinière de sélection et de caractérisation du Mas d’Adrien, mais aussi sur le réseau multi-local d’essais agronomiques, doté de deux sites de caractérisation agronomique et d’un réseau mis en place chez des producteurs. “Chaque année, nous sélectionnons entre 5 % et 10 % du matériel observé, sachant qu’il faut a minima dix ans pour sélectionner une variété jusqu’à son inscription”, rappelait le spécialiste. En 2020, 1 401 descendants de génération F3 ont été suivis, soit environ 7 000 épis-lignes. Les 1 744 parcelles élémentaires permettent une évaluation du rendement des descendants, tandis que les 26 essais ‘vitrine’ de 60 m² permettent d’aller jusqu’à l’évaluation technologique des variétés en cours de sélection VATE ainsi que des candidats à l’inscription.

Cette année, nous avons trois variétés en inscription, dont deux issues du projet européen ‘Neurice’, avec l’Université de Barcelone, l’Irta (Espagne) et le Cirad, dont l’objectif est de développer des variétés de riz européennes tolérantes au sel”, précise Arnaud Boisnard. En attendant ces nouvelles inscriptions, les riziculteurs disposent d’une gamme variétale diversifiée pour le riz de Camargue avec : Gageron (rond, inscrite en 2010), Manobi (médium, inscrite en 2013), Paco (long A), Rousty (long B), et deux variétés spéciales avec Mambo (long B, grain noir) et Tamtam (long B, grain rouge). “Cette gamme se diversifie à la fois sur le format, la couleur et les valorisations”, rappelait-il.

La gestion de l’enherbement toujours compliquée

Pour poursuivre la matinée, les producteurs ont suivi avec attention la présentation des essais du programme ‘désherbage’, détaillé par Cyrille Thomas : “Cette année, ces essais sont assez intéressants car révélateur des situations rencontrées par les producteurs : quelle que soit la flore rencontrée, nous avons les mêmes difficultés que vous à trouver des solutions, et cette situation s’accentue d’année en année, depuis la disparition de l’oxadiazon, qui a fortement compliqué la gestion de l’enherbement en post-levée”.

Reste que l’essai 2020 pourrait offrir une solution, avec l’utilisation d’Avanza®– substance active : benzobicyclone,
groupe HRAC F2 non présent sur riz – en prélevée. “Cette solution, dont le profil environnemental est intéressant car elle présente une faible demi-vie et une dégradation rapide, a confirmé les résultats 2019 : excellente efficacité sur triangles de semis, Heteranthéra et Ammania, avec une action sur Echionocloa, qui permet une amélioration des résultats obtenus avec les applications de post-levée.” Au niveau réglementaire, le dossier est en cours d’évaluation au niveau européen.

Pour finir la matinée, les riziculteurs se sont ensuite dirigés à quelques kilomètres de là, au Mas du Sonnailler, afin de découvrir le nouveau projet ‘AC-Riz’ sur l’agriculture de conservation1, mené en collaboration avec le Cirad, d’assister à une démonstration d’implantation de couverts végétaux avant récolte par drone, et de terminer cette rencontre autour d’un bon… risotto ! n

Céline Zambujo

(1) À lire dans nos prochaines éditions.