Prémices du riz : tracer les perspectives pour les 20 prochaines années

Publié le 21 septembre 2021

La démonstration de la repiqueuse automatique TT Seed Science a attiré les foules, vendredi dernier, à l’occasion d’une édition spéciale des Prémices du riz, pour les 20 ans de l’IGP Riz de Camargue (© C. Zalbujo).

On n’a pas tous les jours 20 ans... Pas étonnant donc que la filière du riz de Camargue se soit donné rendez-vous vendredi dernier au Mas d’Adrien, à Fourques, puis au Mas du Sonailler, en Arles, pour fêter cet anniversaire. Au menu : bilan de campagne, nouvelles variétés et, surtout, des promesses d’avenir, avec la démonstration d’une repiqueuse automatique, qui rebat les cartes du futur de la riziculture camarguaise.

En cette année singulière où la vie reprend doucement son cours, Cyrille Thomas, ingénieur du Centre français du riz (CFR), a ouvert les débats en revenant sur la campagne atypique : un mois d’avril froid pendant la réalisation des faux semis, puis un épisode de gel pénalisant encore davantage ces derniers, déjà mal embarqués. Après un retour de températures plus favorables, un important épisode pluvieux a perturbé les semis, “qui au final se seront déroulés tardivement et se seront prolongés jusqu’à fin mai“. Mais il était écrit que l’année serait compliquée. Les températures sont restées inférieures à la normale en mai, ne favorisant pas les bonnes conditions d’installation, avec une densité de levée autour de 210 plantes/m², bien en deçà de l’an passé (250 plants/m²) ou encore de 2018 (300 plants/m²). Malgré un retour des températures à la normale, “voire très chaudes sur la deuxième décade de juin“, elles sont repassées sous les normales en juillet, “justement là où l’on cherche des températures chaudes pour la floraison“, rappelle Cyrille Thomas. Bref, des semis tardifs, puis des conditions thermiques moyennes, sont à l’origine d’un cycle semi-épiaison tardif et des récoltes retardées cette année.

Côté désherbage, le printemps fut compliqué, avec une efficacité limitée des faux semis et un désherbage post-levée délicat

Les variétés de demain en évaluation

Puis, producteurs et techniciens ont suivi Arnaud Boisnard, ingénieur en charge de la sélection variétale au CFR, qui a présenté les objectifs du réseau d’évaluation variétale et les orientations de la sélection. “Les essais ont été semés le 20 mai et mis en eau le 21. Nous constatons une semaine de retard par rapport à la normale, et les récoltes devraient débuter en octobre.“ Quatre variétés sont en demande d’inscription cette année, dont deux variétés Long A, une variété Long B et une variété ronde. En 2020 a été inscrite la variété française Rumba (rond, semi-précoce) qui présente une précocité d’environ dix jours par rapport à Gageron. “Productive, son rendement est au niveau de Gageron, avec un format de grain plus gros. Elle est destinée à la confection de desserts lactés et de sushis.

Globalement, la filière est en demande de riz parfumé pour la Camargue, alors même que la concurrence asiatique est forte. “Actuellement, nous avons environ 400 hectares cultivés en Camargue avec ce type de riz, avec trois variétés italiennes. Nous souhaitons acquérir des données technico-économiques sur Apollo et Giglio, complétées par des analyses sensorielles. Nous tentons également de schématiser le comportement de leurs descendants“, poursuit Arnaud Boisnard.

À l’heure actuelle, Apollo présente une mauvaise implantation et des rendements faibles. La qualité du grain est assez bonne, mais son odeur/goût ressort moyennement parfumé en dégustation. De son côté, Giglio présente de bons rendements, avec une qualité technologique au rendez-vous. Mais elle est aussi notée peu parfumée. “En revanche, nous sommes surpris par la diversité de parfum dans ses descendants, dont un présente notamment une forte odeur d’amande torréfiée à la cuisson, un critère qui se démarque de la concurrence. Notre objectif ici est désormais d’échanger avec la filière, et éventuellement de déposer un dossier de demande d’inscription.

L’automatisation fait son entrée dans les rizières françaises

Second temps de la matinée : la présentation d’une nouvelle machine à repiquer automatisée. Si le repiquage manuel a longtemps été pratiqué en Camargue, sa mise en œuvre coûteuse (environ 15 personnes/ha), puis l’arrivée des premiers herbicides sélectifs riz ont contribué à son abandon rapide dans les années qui ont suivi. Malgré quelques tests de repiquage mécanique dans les années 90, la piste avait été mise de côté, en raison de débit de chantier trop limité, de solutions herbicides plus nombreuses en conventionnel et d’une production biologique peu développée.

Pourtant, les avantages de cette pratique sont réels :

  • mise en place décalée des cultures favorisant une gestion différente des précédents culturaux avec couverts, et limitant les périodes de stress en début de cycle (conditions thermiques notamment) ;
  • réduction des quantités de semences nécessaires, avec un ratio d’environ 1/10 par rapport aux pratiques de semis à la volée ;
  • réduction du risque pour les dégâts de ravageurs sur les premiers stades de la culture (grâce au décalage de semis) et meilleure gestion de l’enherbement, avec possibilité de réalisations de faux semis lors de période plus favorables à la levée et à la destruction des adventices avant la mise en place de la culture ;
  • sans compter des interventions possibles, sans avoir à attendre un stade de développement suffisant du riz (en production conventionnelle) ou un binage mécanisation (en production biologique).

C’est ainsi que la Mas du Sonnailler, en Arles, accueille cette année un test de repiquage mécanique, grâce à TT Seed Science. Cette société franco-chinoise a débuté ses premiers essais en 2019 au Mas d’Aloué, à Tarascon. “Trois objectifs sont visés“, explique Jérôme Grangier, développeur pour TT Seed Science. Le premier est d’améliorer les rendements avec des riz hybrides non OGM offrant des résistances accrues, sans égrenage ni verse. Pour cela, un partenariat est mené avec Provence Plants, qui travaille sur la fourniture de plaques de riz hybrides adaptés au robot de repiquage.

Deuxième objectif : réintroduire la technique de transplantation mécanisée grâce à un robot autonome d’une précision de semis de 4 mm, qui fonctionne à une vitesse de 7  km/h et permet le stockage de 0,5 ha de plants sur le chargeur. Cette machine (45 000 €, dont 20 000 € de GPS et d’outils d’aide à la décision) relève la barre de repiquage en bout de parcelle, fait demi-tour, la rabaisse, tout cela sans intervention humaine, juste par programmation. Au départ, il est possible de régler l’intervalle de plant sur la ligne, avec un nombre de plants compris entre deux et dix plants dans un boquet. La machine sème automatiquement par guidage GPS en moyenne 18 à 20 boquets/m².

Enfin, le troisième objectif est d’introduire dans un second temps un robot désherbeur nommé  le ‘Canard mécanique’, capable de passer dans les rizières et d’éradiquer les adventices. Ce robot a été mis au point par le Français Wall-Yé (une démonstration est prévue en 2022, sous l’égide du Centre français du riz).

Une seconde démonstration de cette repiqueuse automatique doit avoir lieu en octobre prochain. 

Céline Zambujo


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