Production d’iris : le GIE IPP prend le relais

Publié le 25 mai 2021

Aux pieds du Mont Aurélien et de l’Olympe, six producteurs du GIE IPP poursuivent l’aventure de l’iris (@ E. Delarue).

Avec la création du Groupement d’intérêt économique ‘Iris et plantes de Provence’, six agriculteurs du bassin tretsois poursuivent l’aventure de la production d’iris sur le territoire. La campagne en cours devrait permettre d’arracher un total 150 tonnes de rhizomes.

Dans un mois et demi, la plaine de Trets se sera en partie dévêtue de ses beaux habits bleus. Les quelques hectares d’iris que produit la poignée d’agriculteurs auront été arrachés, pour pouvoir extraire les fameux rhizomes. Le processus d’élaboration des compositions tant recherchées par l’industrie de la parfumerie pourra commencer. Mais il faudra attendre tout de même un peu avant que l’irone issue des racines puisse être utilisée par le groupe IFF (International Flavors and Flagrances), l’industriel avec qui collaborent les producteurs locaux. C’est ensemble et, avec le soutien de la coopérative ‘Les aromates de Provence‘, et l’encadrement technique du Centre régionalisé interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfum aromatiques et médicinales (Crieppam) que l’histoire de l’iris a démarré, il y a près de 30 ans. Dans le bassin tretsois, cette culture est devenue, au fil des ans, une très sérieuse diversification, complémentaire d’autres productions, et de la vigne en particulier. Un groupement d’employeurs, créé il y a une dizaine d’années, a aussi permis aux exploitants de mutualiser la main-d’œuvre et d’organiser les travaux autour de cette culture.

Pourtant, la production locale d’iris a récemment bien failli être délaissée. En cause, un désaccord entre les agriculteurs et leur coopérative autour du renouvellement des contrats proposés par l’acheteur.

Maintenir une production de diversification et un savoir-faire

La demande des agriculteurs n’était plus en phase avec celle de la coopérative. Nous aurions bien aimé conserver cette activité de diversification dans la structure, mais pas dans les conditions qui nous étaient proposées“, regrette Luc Justamon, président de la coopérative ‘Les aromates de Provence’. De leurs côtés, les producteurs estiment qu’il n’était “pas logique de vouloir modifier un fonctionnement sur les mises en culture, l’encadrement et le suivi technique qui fonctionnaient très bien, d’autant que le matériel végétal appartient au partenaire industriel, et que les producteurs sont payés par rapport à leurs travaux, et non par rapport à une collecte de marchandise“, explique Laurent Doudon. C’est désormais autour de lui que la production d’iris va se poursuivre aux pieds de la Sainte-Victoire. Si son père, André, a œuvré pour comprendre et valider au fil des ans l’itinéraire technique sur cette culture, le jeune producteur souhaite aujourd’hui continuer de rassembler des agriculteurs autour de l’iris. L’année dernière, il a créé le Groupement d’intérêt économique ‘Iris et plantes de Provence’ (GIE IPP), qui va se charger de “prendre la relève de la coopérative et perpétuer la production et le savoir acquis depuis trois décennies sur la culture, car il était impensable de l’arrêter du jour au lendemain“, indique Laurent Doudon.

Il était aussi capital que les producteurs conservent “la confiance et les liens tissés avec l’acheteur“. C’est chose faite, puisque c’est via le GIE IPP que l’industriel va continuer d’établir des contrats d’objectifs avec les producteurs. Charge à eux de suivre des itinéraires culturaux précis pour des tonnages fixés.

Les producteurs d’iris sont en intégration totale, et la qualité du matériel végétal qu’ils utilisent est, par exemple, maîtrisée en amont. Les équipements indispensables à la production sont aussi financés, et IFF va encore engager des moyens pour produire. En 2023, deux laveuses seront opérationnelles. Pour ce qui est de l’encadrement technique et agronomique des cultures du GIE, c’est Éric Chaisse – l’ancien directeur et co-fondateur du Crieppam –, qui va s’y atteler.

Conforter aussi des installations

La poursuite de la production d’iris dans la plaine de Trets va aussi contribuer à conforter plusieurs installations. Lazare Martinez, exploitant maraîcher sur Trets (30 hectares), a commencé à planter des iris en 2020 ; son fils Andréas, 19 ans, installé depuis cette année, l’a rejoint dans cette diversification. Les iris constituent, pour le jeune vigneron qui démarre, un apport de trésorerie non négligeable. “Quand on plante les vignes, il y a des frais, mais pas de rentrées d’argent durant trois ans“, explique le jeune exploitant. Quentin Gastaudo, 20 ans, sera lui producteur d’iris à partir de la fin de cette année, pour compléter son activité de prestations en viticulture et sa petite production céréalière.

À leurs côtés, Anthony Avena – qui travaillait jusqu’à présent aux côtés de Laurent Doudon – va aussi pouvoir s’installer grâce à la production d’iris ; et Éric Gilles, éleveur et producteur de fourrage sur Fuveau, va rejoindre également le petit grou-
pe de producteurs en septembre, quand il s’agira de planter.

Ensemble, les six producteurs motivés souhaitent mettre en culture neuf hectares cette année, une dizaine d’hectares l’année prochaine. La municipalité de Trets leur a également mis à disposition cinq hectares de terres, dans le cadre d’une convention, pour les trois années prochaines.

D’ici trois à quatre ans, on espère être sur une quarantaine d’hectares d’iris en terre, pour une production qui devrait se situer autour de 300 tonnes de rhizomes d’iris“, indique le président du GIE, Laurent Doudon. Aujourd’hui, une dizaine d’hectares de parcelles est encore engagée à la coopérative. Les producteurs iront au terme du contrat qui les lie pour mener les cultures en place. Le GIE IPP n'arrachera donc ses propres iris qu’à partir de 2023.

Les cultures sont actuellement très belles et, entre le 20 juin et début août, c’est environ 150 tonnes que les producteurs devraient récolter. 

Emmanuel Delarue


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