Quand le patrimoine fruitier provençal passe à la loupe

Publié le 30 juillet 2019

Trois années d’évaluation de la sensibilité des variétés régionales face aux bioagresseurs offrent aujourd’hui de nouveaux outils pratiques pour les arboriculteurs bio, sur l’amande notamment.

Un travail d'évaluation du comportement sanitaire des variétés fruitières anciennes et régionales ouvre de nouvelles perspectives à l’arboriculture bio régionale.

Pour l’agriculture biologique, si bon nombre de voyants économiques sont au vert actuellement quand on regarde l’aval de la filière, en amont, les attentes restent fortes. En arboriculture, le choix de la variété est un levier majeur dans la diminution du recours aux intrants et dans la gestion des bio-agresseurs. Mais le matériel végétal, dont dispose la filière pour développer la production en bio, peut, par exemple, sembler encore insuffisant. Afin de répondre aux demandes du marché, les producteurs ont besoin de variétés suffisamment rustiques et adaptées à ce mode de conduite. Alors, puisque la création variétale est un processus long, pourquoi ne pas aller creuser dans le patrimoine génétique local ? Aller vérifier si dans la région des variétés anciennes peu sensibles à certains ravageurs et maladies, mais aussi plus adaptées à certaines conditions pédo-climatiques peuvent présenter un potentiel intéressant. C’est tout l’objet du projet lancé par la recherche et ses partenaires il y a trois ans. Le programme participatif Fruinov arrive aujourd’hui à son terme.

Un gisement variétal à portée de main

“Les variétés anciennes, régionales ou d’intérêt régional, offrent des résistances naturelles aux maladies, mais sont peu ou mal connues d’un point de vue agronomique alors qu’elles gagneraient à être remises en production ou à servir de géniteurs pour de la création variétale”, explique Sophie-Joy Ondet, ingénieur au Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab). Partant de ce constat, la station d’Avignon s’est donc lancée – avec la Maison de la biodiversité à Manosque, le Parc naturel régional du Luberon (PNRL), l’Inra, le campus Louis-Giraud de Carpentras et l’université François-Rabelais de Tours – dans la recherche d’outils pratiques pour la filière fruitière régionale.

Un des axes de travail du projet Fruinov s’est focalisé sur l’évaluation de l’ensemble des variétés régionales anciennes de sept espèces fruitières (abricotier, amandier, cerisier, pêcher, poirier, pommier et prunier). Ces variétés sont conservées au conservatoire de Manosque, dans le domaine de la Thomassine, un site à très faible niveau d’intrants bio. Et c’est dans ce contexte qu’ont été décrites environ 200 variétés. Ces descriptions pomologiques et données de sensibilité aboutissent aujourd’hui à des fiches variétales en libre-accès sur une plateforme collaborative.

L’originalité de ce projet a été d’associer dès l’origine les acteurs de la filière (arboriculteurs, pépiniéristes, transformateurs, associations de conservation…) pour mieux répondre aux enjeux locaux de la filière et susciter une mise en réseau. Le site Internet Wiki Fruinov – accessible depuis le site du Grab et celui du PNRL – est collaboratif, afin que tous les acteurs, professionnels, mais aussi particuliers-passionnés, puissent apporter leurs contributions par rapport à leurs propres observations.

Ce travail d’évaluation a aussi permis de sélectionner 12 variétés d’abricotiers, 13 variétés de cerisiers, 11 variétés de pruniers et 63 variétés de pommiers. Sur amandier, 19 variétés ont par exemple été retenues, certaines assez classiques comme Ferragnès, d’autres moins comme la Pointue d’Aureille. Sur pêchers, le panel variétal qui s’est distingué s’est révélé plus important avec 55 variétés sélectionnées. Le spectre des bioagresseurs est lui aussi plus vaste mais concerne surtout la cloque, les monilioses sur fruits et la tordeuse orientale. 34 variétés de poiriers ont été retenues sur ce site à faibles intrants, où les ravageurs observés, comme la Cécidomyie des poirettes ou l’anthonome, se retrouvent par contre moins dans les vergers de production classique.

Emmanuel Delarue


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