Réduction des intrants : des objectifs mieux partagés au profit de l’agriculture régionale

Publié le 16 novembre 2021

André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture, et Patrick Lévêque, président de la Chambre d’agriculture 13, ont échangé avec Laurent Roy, directeur de l’Agence de l’eau du bassin Rhône Méditerranéen Corse (© E. Delarue).

Une rencontre de terrain – organisée à la station La Pugère entre l’Agence de l’eau du bassin Rhône Méditerranée Corse et la Chambre régionale d’agriculture Paca – a permis de clarifier les attentes de chacun et de faire un point, à mi-parcours, du programme engagé par l’établissement public.

Pour les deux partenaires que sont la Chambre régionale d’agriculture Paca et l’Agence de l’eau, la journée était attendue car nécessaire, compte tenu des enjeux. Des représentants de la Chambre, des stations régionales d’expérimentation et des personnalités intervenant autour de la question fondamentale de l’eau et de l’innovation en agriculture recevaient leur partenaire de l’Agence de l’eau, le 5 novembre dernier sur la station La Pugère, à Mallemort (13). Sur l’un des sites de l’agriculture régionale qui consacre une partie importante de ses travaux à mieux gérer la ressource, “l’objectif était de mieux se comprendre, de mieux mesurer les exigences et la politique de l’Agence de l’eau, mais aussi de montrer notre volonté de trouver des solutions les plus efficientes dans l’intérêt du territoire, de son agriculture et du milieu“, indiquait André Bernard, président de la Chambre, en préambule de cette rencontre constructive. Car, comme l’ont rappelé les différents protagonistes tout au long de leurs échanges, le défi face auquel l’agriculture méditerranéenne est confrontée est bien l’adaptation au changement climatique. Au profit des exploitations agricoles, l’établissement public a engagé un programme pluriannuel d’innovations et d’expérimentations en agriculture, il y a trois ans. À presque mi-parcours, il s’agissait aussi – au-delà des échanges réguliers – de montrer de quelle manière les moyens mis à disposition par l’Agence sont utilisés sur le terrain, tout en faisant un point sur les attentes de la profession.

Comme a pu le développer son directeur, Laurent Roy, l’Agence de l’eau est très engagée financièrement dans le soutien à l’évolution de l’agriculture. Au titre de son 11e programme d’intervention, adopté en 2018, et qui couvre la période 2019-2024, environ 280 millions d’euros (M€) d’aides sont prévus pour l’agriculture. Un investissement fort et volontariste que l’Agence de l’eau déploie en direction du monde agricole, en s’appuyant sur deux grands axes : le premier cible la réduction des pollutions diffuses, dont une bonne partie des aides est utilisée sous forme de conversion à l’agriculture biologique ; le deuxième axe concerne la gestion quantitative, s’agissant des aides aux économies d’eau mais aussi aux substitutions, transfert ou stockage.

37 M€ d’aides en trois ans

En Paca, depuis trois ans, un peu plus de 37 M€ d’aides ont déjà été accordés dans le domaine agricole. La gestion quantitative (11 M€) et les aides à la réduction des pollutions diffuses (17 M€) se partagent presque pour moitié les budgets alloués. Avec les paiements ‘Pour services environnementaux‘ (PSE), une nouvelle politique dans le domaine agricole s’est ajoutée à l’action de l’Agence de l’eau, pour rémunérer les pratiques favorables à l’eau et à la biodiversité. “Sur l’ensemble de ces politiques, le maître mot est, pour nous, d’accompagner une agriculture plus résiliente par rapport au changement climatique“, résumait Laurent Roy, soulignant toute l’importance de l’expérimentation dans cet objectif.

Reste que le taux de consommation de l’enveloppe dédiée à l’expérimentation du 11e programme est plutôt faible par rapport à ce que prévoyait l’Agence de l’eau. Pour les trois années à venir (2022-2024), 6 M€ sont en effet encore disponibles pour l’accompagnement de projets d’expérimentation. Un message qui n’a pas manqué d’être entendu par les représentants de la profession agricole présents. Ces derniers souhaitent aussi pouvoir être davantage accompagnés sur les changements de pratiques désormais permis par la robotique et le numérique. “Nous pourrons compenser la réduction drastique des intrants de produits phytosanitaires par la robotique et les nouveaux matériels mis à disposition de nos exploitations“, insistait sur ce point Patrick Lévêque, président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône.

Un poste d’ingénieur régional en robotique très attendu

Ce volet préoccupe particulièrement les instances de l’agriculture régionale, qui ont d’ailleurs travaillé sur l’obtention du financement d’un poste sur le machinisme en robotique, pour accompagner et conseiller la profession. Un dossier déposé a été retenu par la Draaf. “Des solutions arrivent sur le marché, mais tous ces outils ont encore besoin d’être adaptés. Ce poste permettra de faire le lien entre les entreprises, les start’up et le monde agricole au plan régional“, ajoutait André Bernard, qui souhaite pouvoir accélérer les travaux, notamment sur la mécanisation du désherbage.

Au cours de la journée, les responsables professionnels ont d’ailleurs porté à la connaissance de l’Agence de l’eau tout un échantillon d’innovations, pour certaines très abouties et susceptibles d’apporter au secteur une meilleure maîtrise de la ressource, comme des équipements dans le retraitement des solutions, l’adaptation de certains matériels pour réduire les intrants, ou encore maîtriser et optimiser l’irrigation... Des outils qui, dans le même temps, répondent aux exigences de l’Agence de l’eau et qui doivent être de nature à inspirer de prochains appels à projets. Car c’est bien sur cette dimension que l’agriculture régionale attend d’être davantage soutenue.

Pas que le bio !

C’est là qu’il faut mettre les moyens, sur la robotique et des équipements innovants développés par les stations et les instituts. Pas que sur le bio !“, lançait d’ailleurs Patrick Lévêque au cours des échanges, soulignant ainsi qu’une large partie des crédits de l’Agence de l’eau étaient fléchés en direction de l’agriculture biologique au niveau du bassin. Cependant, pour le directeur de l’Agence, la politique de l’établissement n’est pas d’encourager le bio, mais bien de “reconquérir la qualité de l’eau sur les ressources en eau prioritaires. Le bio est un moyen, mais pas le seul“. Sur le principe, pas d’antagonisme donc de faire figurer d’autres types de matériels innovants sur les listes de matériels éligibles, pour atteindre ces objectifs.

Au final, la profession a pu montrer, au cours de cette journée, sa capacité à travailler en interfilières, en réseau et entre les différents instituts et les Chambres d’agriculture. “Nous avons illustré ce qui est fait aujourd’hui dans nos travaux, et pointé aussi les types d’investissements qui doivent être éligibles pour réduire les intrants“, résumait André Bernard à l’issue de la rencontre. “Entre les moyens dont l’Agence de l’eau dispose et ceux de la Région, des financements peuvent être conjugués pour rendre ces matériels accessibles. Mais il faut aller plus vite, même s’il y a beaucoup d’aspects règlementaires à faire évoluer en France, que ce soit dans l’utilisation des robots ou encore des drones“, reconnaissait aussi le président de la Chambre régionale d’agriculture. 

Emmanuel Delarue


Encore à l’état de prototype, le dispositif PulVéFix développé sur la station La Pugère a néanmoins montré la pertinence d’un système fixe de pulvérisation sur frondaison, tant pour sa performance agronomique qu’environnementale (© E. Delarue).

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