Respect de l’espace agricole : les agriculteurs excédés

Publié le 08 juin 2021

Autour de Romain Blanchard, président de la FDSEA, Jacques Banc et Jean Granon, les responsables agricoles du syndicat des Milles, ont martelé leur exaspération (@ FDSEA 13).

Les exploitations agricoles ne sont pas des biens publics, mais des espaces de travail qui méritent le respect des citoyens. Devant les occupations de terres agricoles et les incivilités qui se multiplient, les agriculteurs du département ont manifesté samedi 29 mai du côté des Milles.

À l’heure où la souveraineté alimentaire fait débat, où l’on s’interroge sur une alimentation en quantité suffisante avec un standard de qualité élevé pour toute la population, ou encore le maintien de l’agriculture périurbaine, comment admettre que l’outil de production des agriculteurs soit aussi peu protégé ? C’est bien des terres agricoles, de propriétés privées d’agriculteurs dont il est question. Dans le département, le phénomène n’est pas nouveau. On se souvient qu’il y a quelques années, rave party et autres festivals techno s’étaient sauvagement invités en Crau durant un été. Ces rassemblements parfaitement illégaux avaient gravement mis en péril la ressource fourragère des éleveurs pour le pâturage de leurs animaux en hiver.

Pour les agriculteurs excédés, impossible alors de déloger les teuffeurs installés sur plusieurs hectares privés durant plusieurs jours, générant pourtant de lourds dégâts sur un site protégé (plusieurs tonnes d’ordures, espèces animales et végétales impactées, bergerie détériorée, tags, etc.). Le triste exemple est loin d’être isolé et les mêmes dérives semblent se répéter. Aujourd’hui, c’est du côté de Saint-Andiol que l’outil de travail d’agriculteurs est piétiné.

Photos, piétinements et insultes

Un millier de forains avec plus de 250 véhicules ont envahi, le 22 mai, la prairie en agriculture biologique de quatre hectares fraîchement coupée d’une exploitation agricole. Comme le rapporte la FDSEA des Bouches-du-Rhône dans un communiqué, “la police a laissé faire. La mairie a proposé un espace de deux hectares, plus adapté, mais les forains ont refusé“.

Aux Milles, près de Roquefavour, des champs de blé sont également envahis depuis quelques jours par des amoureux de beaux paysages. C’est un champ ‘joliment coloré’ de coquelicots, grâce aux pratiques agroenvironnementales, qui est l’objet de ces convoitises. Plusieurs dizaines de personnes chaque jour et beaucoup plus le week-end s’arrêtent prendre des photos, pique-niquent, piétinent et saccagent en réalité les plantations. Parfois, les insultes fusent quand les agriculteurs s’efforcent pourtant de faire respecter leur propriété. D’autres parcelles sont également concernées par ces incivilités, notamment sur la route des Milles à Gardanne.

Comme l’indique le syndicat, “ces situations intolérables pourraient se terminer de façon dramatique. (…) Le citoyen consommateur doit prendre conscience de l’importance à respecter l’espace agricole comme outil de travail“. Un appel à manifester a réuni, samedi dernier 29 mai, de nombreux exploitants exaspérés par ces comportements répétitifs.

Les agriculteurs n’acceptent pas que leur travail soit remis en cause en quelques jours par des personnes qui ne seront pas inquiétées pour leurs actions quand, eux, s’efforcent de respecter des règles strictes pour préserver les milieux naturels.

La profession attend que les contraintes exigées aux agriculteurs s’appliquent également aux particuliers. Que le travail des exploitants soit respecté et que les activités agricoles ne soient plus mises en péril. 

Emmanuel Delarue


Samedi dernier, les élus et agriculteurs étaient sur le terrain pour dénoncer le non-respect de leur travail, à l'image de ce champ de pois chiches écrasés par des personnes venant pique-niquer ou prendre des photos (@ FDSEA 13).

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