Riz - Couverts végétaux et agriculture de conservation : les nouveaux enjeux à relever

Publié le 03 novembre 2020

Dans l’essai semis du riz sous couverts, deux mélanges ont été sélectionnés : l’un à base de mélange de trèfles, l’autre de graminées, crucifères et légumineuses. © CZ

À l’occasion de la rencontre annuelle des ‘Prémices du riz’, en septembre dernier, le Centre français du riz, le Cirad et Arvalis ont présenté deux nouveaux essais lancés cette année : le premier s’intéresse à l’effet des couverts végétaux, le second à l’étude des systèmes rizicoles en agriculture de conservation.

Les effets des couverts végétaux en général sont mieux connus aujourd’hui, mais cette connaissance doit s’affiner pour être en mesure de proposer aux producteurs des recettes le plus ‘clé en main’ possible. Dans cette optique, le Centre français du riz (CFR) a présenté un essai de semis de riz sur couvertures végétales. L’objectif est bien d’acquérir des connaissances agronomiques, pour proposer aux riziculteurs des stratégies adaptées aux conditions de production camarguaises.

Ainsi, côtés couverts, deux mélanges ont été sélectionnés : l’un à base de mélange de trèfles (mélange Rotarroz) ; l’autre de graminées, crucifères et légumineuses (mélange SudPerfo+). L’implantation s’est faite soit au semoir, soit à la volée (voir tableau 1). À noter qu’une pluie notable (environ 60 mm) est intervenue fin avril dernier, juste avant semis. “Jusqu’ici, le développement des couverts est satisfaisant. Rotarroz présente un développement normal, une densité assez forte avec une biomasse aérienne de dix tonnes de matière sèche par hectare au moment de l’implantation du riz. Quant à SudPerfo+, l’implantation a été plus lente, mais le couvert atteignait deux mètres de haut lors de l’implantation, avec un peu moins de matière sèche, autour de huit tonnes”, expliquait le 2 septembre dernier Cyrille Thomas, ingénieur CFR.

Dans le détail, les meilleurs résultats sont obtenus sur les semis la volée, puis détruit par broyage avant mise en eau (voir tableau 2) et ce, pour les deux mélanges. À l’inverse, pour Rotarroz, l’enfouissement n’a pas été particulièrement efficace, “la culture n’ayant pas été conservée”. Dans la suite de l’essai, différentes fertilisations azotées ont été comparées, “pour voir l’effet des couverts”. L’évaluation du développement de la culture - biomasse du riz à épiaison, rendement en grain… – était en cours lors de la présentation. “Ce qui semble important, en l’état actuel des connaissances, est d’une part, de bien gérer le couvert ; d’autre part, d’obtenir une levée correcte du riz. Nous faisons ici une première approche sur petites parcelles, afin de déblayer le sujet et de commencer à affiner les stratégies adaptées à la culture et à ces mélanges”, résume le spécialiste du CFR.

 

Du riz sous agriculture de conservation

Financé par la Région Sud Paca et l’Union européenne, dans le cadre du programme Feader, le second projet présenté – ‘AC-Riz’ – a deux objectifs : mettre au point des itinéraires techniques en agriculture de conservation, adaptés sur les cultures et les inter-cultures ; et évaluer les effets agronomiques de ces systèmes sur les cultures de riz et le sol.

Nous avons mis en place du riz sur une parcelle dont le sol n’avait pas été travaillé au printemps dernier. Cette parcelle a la particularité d’avoir un potentiel de rendement moindre, ce qui doit nous permettre de voir si l’inter-culture permet effectivement d’augmenter le rendement”, poursuit Cyrille Thomas. L’essai va ainsi comparer différentes collections de couverts végétaux durant deux ans, sur deux plateformes différentes, avec une inter-culture hivernale et une inter-culture estivale. Et plusieurs dispositifs vont être analysés sur deux sites, l’un dans le nord de la Camargue, l’autre dans le sud, le tout avec un suivi agronomique et un suivi du sol (analyses sur la compaction du sol et la vie microbienne) : un système inter-culture / riz / inter-culture / riz / inter-culture ; et un système avec couverts incorporés et concerts exportés. L’essai va être conduit sur une collection variétale de riz, pour déterminer quelles variétés produites en Camargue sont les plus adaptées dans ce système d’agriculture de conservation. Une dizaine de mélanges et d’espèces pures vont ainsi être comparés les unes aux autres.

Les systèmes ont été conçus en partenariat avec les riziculteurs partenaires”, précise Cyrille Thomas, qui souligne que les partenaires ont fait l’acquisition de deux semoirs de semis direct conçus au Brésil, également utilisés dans le cadre de l’essai sur les couverts végétaux : ces semoirs présentent la particularité de semer à la fois les couverts et le riz, “et vont nous permettre de voir si l’on peut ainsi améliorer la gestion entre l’inter-culture et le riz”, précise Stéphane Boulaca, du Cirad. Les engrais couverts hivernaux ont été semés le 7 septembre dernier, mais les premiers semis ont été faits dès octobre 2019 avec différentes implantations, sans travail du sol.

Substituer les engrais chimiques par un couvert sans travailler le sol est l’objectif de ce projet”, reprend le spécialiste du Cirad. “L’essai va fournir de précieuses informations sur la dynamique d’évolution des adventices. Il permettra surtout de répondre à la question : est-il possible de produire du riz dans nos conditions en agriculture de conservation ?

À l’issue de la présentation des deux essais, une démonstration de semis de couverts par drone a clôturé la matinée. “Le semis par drone permet de ne pas abîmer la culture en place, d’intervenir sur de petites surfaces, tout en étant le plus précis possible. Le drone doit être réglé pour que le débit d’éjection des graines et sa vitesse permettent d’apporter environ 15 kg par hectare”, a conclu Cyrille Thomas. 

Céline Zambujo


À l’issue de la présentation des deux essais, une démonstration de semis de couverts par drone a clôturé la matinée. © CZ

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