Rognes : Château Barbebelle mise sur le vert

Publié le 16 août 2022

Château Barbebelle Madeleine Premmereur Rognes. (© J. Dukmedjian)

Aux commandes du Château Barbebelle depuis 2016, Madeleine Premmereur et son époux envisagent le domaine comme un écosystème global et vertueux, au sein duquel les vignes, l’offre d’hébergement et le respect de la biodiversité se complètent.

Les apparences sont parfois trompeuses : contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, “le Château Barbebelle se transmet de femmes en femmes” depuis quatre générations, s’amuse Madeleine Premmereur. La jeune femme – qui a repris les rênes du domaine viticole, situé à Rognes – a su, depuis six ans, y apporter sa touche personnelle, tout en formant un duo complémentaire avec son époux. “Je prends en charge le volet administratif, le commercial, la communication, toute la partie stratégie de développement. Valentin s’occupe plus spécifiquement de la partie viti-vini, même si nous sommes, comme nos collaborateurs, susceptibles d’intervenir sur tous les postes au sein du domaine” résume la jeune femme.

Une polyvalence qui n’avait rien d’évident : aucun des deux n’a suivi d’études spécifiques en agriculture ou dans le secteur du vin. Valentin Premmereur a poursuivi un cursus universitaire en droit. Madeleine, après un double cursus en droit et en économie, a intégré une grande école de commerce. “J’ai baigné toute mon enfance dans l’univers du vin, mais je voulais explorer d’autres pistes que celles du monde agricole et d’une éventuelle reprise du domaine. J’ai travaillé dans un grand groupe de l’industrie agroalimentaire, en sortie d’études, avant de constater que cela ne me convenait pas : trop d’inerties dans les processus de décisions, de pesanteurs inhérentes à la taille de telles structures...” Tout l’inverse de ce qu’elle vit professionnellement aujourd’hui : “Diriger un domaine implique un fonctionnement plus souple, même si les choix en matière d’investissements, par exemple, peuvent être lourds de conséquences sur la pérennité du domaine”. Le couple reconnaît volontiers s’appuyer “sur une équipe expérimentée” : “Nous apprenons au quotidien. Cela contribue à rendre cette activité passionnante” relève Valentin Premmereur, qui s’est formé sur le tas au métier de vigneron.

Une montée en gamme et en puissance programmée

D’autant que l’ambition du couple est de développer encore davantage le domaine : “Mon grand-père commercialisait l’intégralité de sa production au négoce. Mon père a agrandi le vignoble et développé la mise en bouteille au domaine, tout en conservant une part de vente en vrac. Nous avons arrêté cette dernière activité, pour nous concentrer sur notre métier de vignerons indépendants” précise Madeleine Premmereur. Château Barbebelle compte aujourd’hui 50 hectares de vignes, mais bénéficie d’un important potentiel de développement avec près de 280 ha de végétation, d’un seul tenant, autour de la bastide. La priorité du couple, depuis la reprise du domaine, a été de procéder à des opérations d’arrachage-replantation d’une partie des parcelles et au remplacement des outils de production (cuverie, systèmes de froid, machine à vendanger...), dans l’optique d’une montée en gamme et en puissance progressive. Il a également poursuivi la diversification économique développée en son temps par Brice Herbeau – le père de Madeleine –, autour d’une offre d’hébergement et plus globalement d’œnotourisme. “La vigne n’est qu’un des aspects de Barbebelle : nous envisageons le domaine dans sa globalité” résume la jeune femme.

Sous son impulsion, plusieurs bâtiments agricoles attenants à la bastide ont été récemment rénovés avec soin, afin d’y accueillir des hôtes. Trois maisons indépendantes – pouvant accueillir de huit à dix personnes pour l’une, et cinq convives pour les deux autres – et deux studios – situés dans des ailes de la demeure principale – sont proposés à la location toute l’année. L’objectif de l’opération est double : financer en premier lieu l’entretien courant des bâtiments et de la bastide ; et générer des visites au caveau de vente, également ouvert à l’année.

Une certification AB pour 2023

En 2020, la crise du Covid a entraîné, comme pour beaucoup d’autres domaines viticoles, une cascade d’annulations, conséquence des périodes de confinements et de l’annulation des mariages, avant un retour au beau fixe dès 2021. “On a senti une envie des Français de se ressourcer, au vert” analyse la jeune femme, qui accueille une importante clientèle d’Anglais et d’habitants de pays d’Europe du Nord. En parallèle, des événements sont organisés pendant la saison estivale, avec des “tables d’hôtes” autour de chefs, des concerts de jazz et blues, mais aussi de musiques électroniques. Une initiative qui s’inscrit dans la démarche de rajeunissement de la clientèle : “Nous avons accueilli beaucoup de trentenaires qui voulaient se faire plaisir en dégustant nos vins, en musique et dans un cadre champêtre” sourit Madeleine Premmereur.

Pour coller aux attentes de cette clientèle sensible aux enjeux environnementaux – mais surtout “parce que cela correspond à nos convictions personnelles” –, le domaine entame sa dernière année de conversion vers la bio. “Nous étions déjà certifiés Haute valeur environnementale niveau 3. Le passage à la bio, effectif pour le millésime 2023, s’inscrit dans notre démarche de préservation de l’importante biodiversité du domaine” précise le couple. Le domaine mise beaucoup sur l’export (Europe, USA, Canada) pour la commercialisation de ses vins (rosés à 80 %) : “C’est un canal de distribution que nous avons développé et musclé” au fil des rencontres avec des importateurs sur des salons professionnels, et via “le réseau de confrères vignerons. Il monte en puissance depuis quelques années” se réjouit Madeleine Premmereur. 

Julien Dukmedjian


D’importants investissements ont été réalisés pour moderniser l’outil de production, dont la cuverie. (J. Dukmedjian)

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