Safer Paca : friches agricole, un challenge à relever collectivement

Publié le 09 juillet 2019

Jean-Michel Arnaud, président de l’Association des maires des Hautes-Alpes, Gaëlle Thivet de la Draaf Paca, Patrice Brun, président de la Safer Paca, André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture, et Marc Maury, directeur du Conserva

Le redéploiement de l’agriculture dans les territoires doit passer par la reconquête de friches agricoles. L’enjeu est de taille, mais la mission ne semble pas impossible.

Dans nos territoires, l’espace cultivé n’a cessé de s’étendre, puis de se rétracter par périodes successives d’emprises et de déprises. Au fil du temps, les mouvements démographiques, les transformations tech­niques, économiques et l’introduction de nouvelles cultures ont façonné, mais aussi fragilisé, les paysages agricoles.

Certaines orientations politiques, approches environnementales et de nouvelles spéculations ont plus récemment accentué le recul des terres agricoles. La multiplication des friches est l’une des conséquences de ces mutations paysagères.

Dans notre région où les friches agricoles restent très importantes, la Safer Paca est très investie. Elle travaille en étroite collaboration avec les Cham­bres d’agriculture et les EPCI1 sur leur reconquête. “C’est un véritable enjeu pour les années à venir”, reconnaît le président de la Safer Paca, Patrice Brun, qui précise : “C’est un travail collectif qui, au-delà de la reconquête de friches, permettra d’aller vers la création d’ilots structurants”. Mais la problématique des friches est loin d’être simple. C’était d’ailleurs tout l’objet d’une rencontre organisée par la Safer Paca à Tallard, le 14 juin dernier, à l’occasion de son assemblée générale.

Identifier les potentiels et les enjeux

De plus en plus d’opérations de reconquêtes de terres agricoles sont initiées par différents maîtres d’ouvrage. Dans le Vaucluse par exemple, un dispositif partenarial encadré par une convention (Région, Département, EPCI, Safer) a été mis en œuvre en 2015 (sur trois ans) dans le Sud Ventoux. Dans ce territoire viticole, impacté par le développement important de friches (430 ha et 17 % de la SAU), un travail cartographique et de diagnostics réalisé par la Safer a permis d’identifier des terres et de sensibiliser leurs propriétaires. Au terme des trois ans, le Contrat foncier local a abouti à la reconquête de 55?hectares pour 50 bénéficiaires. Un bilan plus qu’encourageant au vu des délais imposés par le contrat.

Le dispositif expérimental illustre bien qu’une fois les enjeux identifiés, les partenaires sont en capacité de mettre en place des actions adaptées. Pour reconquérir des friches et bâtir un plan de développement agricole durable, des dispositifs – qui s’inscrivent sur des durées de plus long terme – sont sans doute indispensables. “Nous sommes dans la bonne voie, mais il faut savoir accélérer pour aller plus vite et plus loin”, soulignait le président de la Chambre régionale d’agriculture, André Bernard. Comme l’ensemble de la profession, il est préoccupé par la question des friches agricoles, qui constituent un vrai potentiel de reconquête de SAU dans la région. “Nous avons des parcellaires en friches pour de nombreuses raisons. Il faut pouvoir bien les identifier, grâce au travail des collectivités, et avoir cette approche de façon permanente sur l’ensemble du territoire, car en fonction des cultures, des marchés et des générations, des périodes de dépression et de tensions s’y exercent.”

Étroitement liée au renouvellement des générations et donc à l’avenir du métier, la reconquête des friches est une des missions des Chambres d’agriculture qui travaillent aux côtés de la Safer.

“L’état du foncier agricole en région et la faible surface qu’occupe aujourd’hui l’agriculture dans certains départements inquiètent aussi les autorités”, d’après Gaëlle Thivet, de la Draaf Paca. Par exemple, dans le département du Var, les services de l’État ont appuyé la profession agricole dans l’élaboration d’un plan de reconquête agricole. L’objectif était “d’identifier les besoins des filières en matière de foncier, et de trouver les outils adaptés en matière de reconquête de friches agricoles”. Les autorités souhaitent poursuivre ce type de démarche au niveau régional.

L’impossible dialogue ?

Mais défricher peut aussi signifier intervenir parfois sur un espace où la nature a pu se développer et recouvrer de la biodiversité. Se pose alors la question de l’équilibre à trouver entre protection de l’environnement et reconquête de potentiels agricoles.

Pour Marc Maury, directeur du Conservatoire d’espaces naturels de Paca, les friches constituent, selon leur contexte, un vrai potentiel naturel. “Avec la prise en compte de l’intérêt général, elles constituent des territoires qui méritent d’être valorisés. Un diagnostic agro-écologique garant de tous les enjeux – agricoles, mais aussi paysagers, de protection de la ressource en eau, etc. – est un préalable à une réflexion d’ensemble”, souligne le défenseur de l’environnement.

Mais au fait, quel regard portent les agriculteurs sur ces friches ? Comme le reconnaît le président de la Chambre régionale d’agriculture, il y a autant de situations que de cas. Il est cependant indispensable de “mesurer ce que l’urbanisation a consommé aux dépens de l’agriculture sur ces 50 dernières années”. De nombreux autres usages ont en effet petit à petit délocalisé l’agriculture. ”L’espace agricole est considéré par ceux qui viennent y vivre, non plus comme un espace d’activités, mais comme un espace de loisirs, de réserve naturelle, etc. où les paysans sont les malvenus ! Notre indépendance alimentaire et notre capacité à produire sont en jeu. Il faut, pour cela, se donner les moyens de relocaliser l’agriculture, en lui donnant les atouts pour réussir, sur du parcellaire structuré, où l’apport en eau est sécurisé.”

C’est le dialogue et la concertation qui doivent amener tous les acteurs du territoire, et ceux qui y vivent, à se poser les bonnes questions. Et ce, même si le point d’équilibre entre les objectifs stratégiques des attentes sociétales, de préservation de l’environnement, et le cas très concret de l’agriculteur ou du maire sur sa commune, est difficile à trouver.

Emmanuel Delarue

 


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