Saisonniers marocains : le transfert des contrats OFII se prépare

Publié le 17 novembre 2020

Que ce soit pour la mise en culture et les récoltes de salades, d’épinards, de choux mais aussi pour la taille des arbres et des vignes, les exploitations des Bouches-du-Rhône comptent sur leurs saisonniers étrangers (©DR).

Avec les autorités compétentes, la profession agricole se mobilise pour organiser le transfert, par avion, de contrats OFII en provenance du Maroc, afin de répondre aux besoins des employeurs des Bouches-du-Rhône.

Que ce soit pour la mise en culture et les récoltes de salades, d’épinards, de choux mais aussi pour la taille des arbres et des vignes, les exploitations des Bouches-du-Rhône comptent sur leurs saisonniers étrangers. Une main-d’œuvre essentiellement marocaine, formée sur place et employée depuis de nombreuses années sur le département.

Après la période des récoltes estivales – durant laquelle les introductions de contrats OFII avaient été fortement retardées, puis très limitées  –, c’est pour leurs travaux d’hiver que les employeurs craignent à nouveau de manquer de bras.

Ils en ont fait part au nouveau préfet des Bouches-du-Rhône, Christophe Mirmand, venu les rencontrer sur Saint-Martin-de-Crau, le 26 octobre dernier1. Disposé à accompagner les agriculteurs sur ce dossier et à rapidement répondre aux besoins des employeurs, le représentant de l’État a, quelques jours après son déplacement, organisé une réunion de travail avec ses services, ceux de l’OFII, de l’ARS et de la Direccte, à laquelle la profession a aussi participé.

Si le contexte sanitaire et son évolution récente empêchent les introductions de salariés étrangers, les agriculteurs corses ont pourtant pu sauver leur production de clémentines en octobre, grâce à cette main-d’œuvre en provenance du Maroc. Avec le concours des autorités locales, de l’interprofession de la clémentine et des exploitations corses, cinq avions ont spécialement pu être affrétés pour cette opération. Un protocole sanitaire spécifique a permis la venue de plus de 800 saisonniers marocains.

C’est sur ce modèle et avec cet exemple que la FDSEA et les Jeunes agriculteurs des Bouches-du-Rhône ont commencé à travailler avec les services de la préfecture. La dérogation exceptionnelle est théoriquement acquise pour le département des Bouches-du-Rhône, et toutes les parties prenantes y travaillent.

Un contexte différent en Corse

Il s’agissait, pour la Corse, d’organiser des transferts sur un mois de travail pour la récolte d’un seul produit. Mais, dans le département, les besoins des exploitations sont différents et bien plus étalés dans le temps.

Par ailleurs, en Corse “les contrats de travail ne sont pas nominatifs : c’est une façon de fonctionner qui n’est pas nouvelle, mais qui diffère de la nôtre où les exploitations ont l’habitude de faire venir les mêmes personnes depuis de nombreuses années. Ce sont des salariés connus, formés sur place, dont les contrats préalablement établis ne peuvent pas non plus se transmettre d’une exploitation à l’autre“, explique Patrice Vulpian, secrétaire général de la FDSEA 13, et très concerné par le problème en tant qu’employeur.

Le souhait de la profession dans les Bouches-du-Rhône est de pouvoir continuer de fonctionner selon ce schéma, tout en organisant le transfert de contingents de saisonniers. Les services de la préfecture y sont favorables, et tout est actuellement étudié pour rendre possible ce couloir aérien exceptionnel, grâce à un protocole sanitaire spécifique. Les autorités compétentes dans le département et la profession agricole collaborent, afin d’instruire un registre sur les besoins des employeurs, les dates de demandes d’entrée des salariés, le statut de chaque demande, déjà acceptée ou pas encore par la Direccte, etc.

La FDSEA, de son côté, appelle l’ensemble de ses adhérents à faire remonter ces informations, pour organiser les introductions.

“Aucune autre solution envisageable“

Comme le rapporte Patrice Vulpian, les employeurs, qui ont besoin de main-d’œuvre étrangère, sont aujourd’hui dans plusieurs situations : “Il y a ceux qui ont déjà l’acceptation de la Direccte, avec des contrats qui auraient dû rentrer ; ceux qui disposent d’une acceptation de la Direccte, mais pour qui la date d’entrée des contrats est à venir ; ceux dont le dossier à la Direccte n’a pas encore été traité ; et puis tous les employeurs qui n’ont pas encore envoyé leur dossier“.

Tous sont encouragés à se positionner et à instruire leurs demandes de contrats OFII “comme ils le font habituellement, c’est-à-dire deux mois à l’avance, comme dans une année normale, en indiquant les noms des salariés qu’ils souhaitent faire rentrer, avec des dates d’entrée projetées, déjà acceptées ou pas encore, dans l’objectif de planifier des entrées sur le territoire“, ajoute le secrétaire général de la FDSEA 13. Un millier de saisonniers pourrait être ciblé par cette dérogation exceptionnelle sur le département des Bouches-du-Rhône.

Pour le transfert en lui-même, “le schéma idéal serait d’organiser un charter tous les 15 jours, dès le début décembre, afin de lisser les arrivées sur le territoire, et en essayant de satisfaire au mieux les besoins des agriculteurs. Le dispositif à mettre en place, dont le coût financier sera supporté intégralement par les exploitants, n’est pas simple“, reconnaît le responsable. “Mais nous sommes tous mobilisés et les services de l’État aussi, sachant qu’aucune autre solution que celle-ci n’est envisageable“, précise Patrice Vulpian. 

Emmanuel Delarue

(1) Lire notre édition du 30 octobre 2020, page 3.


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