Salon-de-Provence : Thierry Gozzerino, un ‘producteur de familles’

Publié le 18 juillet 2022

Producteur conventionnel et plutôt spécialisé en salades, tomates et courgettes, Thierry Gozzerino franchit le pas de l’agriculture biologique en 2008 (© E. Delarue).

Co-président des ‘Paniers marseillais’ – le réseau d’Amap le plus important du département – Thierry Gozzerino a choisi de faire évoluer l’exploitation familiale vers une production biologique, dans une démarche conciliant agriculture, qualité des produits, alimentation et santé.

Un modèle d’alimentation durable, bio et local, qui permet à de nombreuses personnes – sur un territoire immédiat – de s’alimenter sainement. C’est le crédo de Thierry Gozzerino depuis quelques années. Cet agriculteur, installé à Salon-de-Provence, fait encore partie des rares exploitants agricoles à vendre la totalité de ses produits sur le territoire, quand 90 % des productions agricoles des Bouches-du-Rhône sont consommées hors du département.

Thierry a repris l’exploitation familiale en 1994, mais dans un schéma d’exploitation très éloigné de celui qu’il développe aujourd’hui. Producteur conventionnel et plutôt spécialisé en salades, tomates et courgettes, Thierry Gozzerino franchit le pas de l’agriculture biologique plus tard, en 2008. Une remise en question l’aide à s’orienter vers un modèle de production et de commercialisation différent. L’année suivante, il délaisse les marchés d’expédition pour répondre plus directement aux consommateurs. Il se tourne alors vers les Amap et les “Paniers marseillais”. Avec son épouse, Virginie, ils découvrent le métier de producteur de familles, en ne fonctionnant que pour ces groupes de consommateurs réunis en association. Un modèle qui convient mieux au maraîcher.

“Le cousin de la campagne”

Chaque semaine, nos consommateurs ont rendez-vous avec nous à une heure bien précise, pour récupérer leur panier. Nous faisons partie de leur vie, comme leur facteur, leur médecin. Je suis un peu le ‘cousin de la campagne’ ou le producteur de famille qui vient les nourrir. On nous dit souvent que nous sommes le seul lien qu’ils ont avec la nature dans la semaine”, raconte Thierry. C’est cet attachement avec les consommateurs, parfois très fort, que le producteur apprécie beaucoup. De même, il affectionne particulièrement son rôle de co-président des ‘Paniers marseillais’, une association mixte de producteurs et de consommateurs : elle lui offre en effet “la possibilité de rétablir certaines réalités liées aux contraintes techniques, familiales et professionnelles du métier. Les consommateurs en sont souvent déconnectés”, rapporte-t-il.

Le cliché du paysan qui sème, arrose et fait pousser sans difficultés est encore bien enraciné. C’est pourquoi il a à cœur d’expliquer combien son métier repose en permanence sur l’anticipation. “Quand les gens visitent nos terres, ils sont souvent étonnés, quelques fois effrayés, parce que l’on est tout le temps dans l’anticipation des cultures. Le proverbe paysan ‘qui dort en août, dort à son coût’ est très vrai. Si l’on n’a pas bien travaillé aux mois de juillet et août, on sait que l’automne et l’hiver seront très difficiles.

Avec les années, Thierry a appris à parler aux consommateurs. Mais il sait aussi que son rôle – consistant à renouer les liens entre ces deux mondes – prend du temps. “Cette solidarité et cette relation avec l’aval se construit sur la durée. On en est à la deuxième génération de consommateurs aujourd’hui : les enfants des premiers parents avec qui nous travaillons sont devenus étudiants, ont grandi et on les retrouve maintenant avec les paniers. Notre réseau?? Je le résumerai comme un pari sur l’humain, et cela fonctionne assez bien”, observe Thierry. Il s’implique aussi beaucoup auprès des agriculteurs du réseau. Un rôle qui lui demande de faire preuve d’une bonne dose d’écoute et de psychologie aussi.

Les semis de courges terminés

Aujourd’hui, l’exploitation familiale des Gozzerino ‘Ma saison légumes’ produit tout ce qu’un paysan peut savoir faire dans le sud, avec quelques spécialités de terroir. Ses productions font vivre huit personnes, saisonnières ou permanentes, tout en permettant d’approvisionner quelque 400 familles, adhérentes au réseau des Amap et des ‘Paniers marseillais’. Thierry est “heureux de contribuer à faire vivre une paysannerie locale, de proximité et d’avoir retrouvé ce lien direct avec le consommateur”. Dans sa démarche, il s’est aussi affranchi de certaines contraintes, en devenant producteur de ses propres fertilisants, et en développant les matières premières locales, comme les semences, avec d’autres producteurs.

En ce mois de juillet, la production de légumes ratatouille bat son plein dans ses parcelles : courgettes, aubergines, poivrons, haricots… Les tomates sont aussi l’une de ses productions principales. Il commence avec les variétés anciennes et continuera d’en produire plein champ tout le mois d’août, avec les variétés pour la conservation. S’il dépose dans les paniers plein de belles couleurs – avec encore quelques variétés remontantes de fraises –, le producteur est déjà tourné vers l’automne et l’hiver. “Les semis de courges sont quasi terminés. Désormais, on est aussi dans la période où il faut avoir, par exemple, planté une bonne partie des poireaux. On a jusqu’à la fin de la dernière étape du Tour de France pour le faire, et assurer la production pour l’hiver”, explique-t-il.

Sur son exploitation, Thierry Gozzerino a toujours des projets. À présent, ils concernent ce qui préoccupe tous les agriculteurs aujourd’hui : la gestion du climat. “Il y a les outils de production de type serre. Mais moi, je retiens surtout l’idée de l’agroforesterie. Je ne vais pas commencer à faire pousser des légumes dans la forêt. Mais creuser plutôt l’idée d’intégrer des arbres dans les parcelles et ajouter un verger au maraîchage.” Dans le réseau de producteurs avec qui travaille Thierry, plusieurs agriculteurs ont déjà fait le pas. En attendant, Thierry Gozzerino n’en a pas fini d’expliquer son métier aux consommateurs de ses paniers. 

Emmanuel Delarue


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