Sarrians : La coopération, “moteur supersonique” de la qualité

Publié le 30 août 2022

Sur la commune, la famille Joly cultive au total 32 hectares de vignes, la plupart en Vacqueyras. (© M. Lallemand)

Après une vingtaine d’années à travailler dans un organisme de formation, Cécile Joly a un jour décidé de ne plus y retourner pour rejoindre son mari et prendre la suite du vignoble familial. Si elle est peu dans les vignes, son expertise dans la gestion et le management reste un atout, tant pour son exploitation que pour la SCA des Vignerons des Dentelles - les caves de Beaumes-de-Venise et Vacqueyras - dont elle a pris la présidence en juillet.

Il y a eu l’aïeule, seule enfant d’une famille d’agriculteur, puis ses deux fils, qui ont eux aussi eu des filles qui n’ont eu que des filles… “Avant, dans le monde paysan, quand on n’avait pas de fils, la transmission était compliquée, mais aujourd’hui il y a de plus en plus de femmes en agriculture, et tout particulièrement dans la viticulture”, rappelle Cécile Joly. Se remémorant les différentes générations qui l’ont précédée, elle contemple avec tendresse l’exploitation familiale ‘Les Bessons Dupré’, construite par plusieurs générations de vigneronnes.

Histoire de femmes?? “Et moi??”, l’interroge Gérard, son mari. Car c’est lui qui a d’abord pris la suite, après l’obtention d’un brevet d’études professionnelles agricoles, lui permettant de s’installer comme exploitant dès 1993. Cécile était, quant à elle, dans un centre de formation. “Il y avait une partie très axée formation, une autre très sociale avec de l’accompagnement, de l’insertion de personnes éloignées du monde du travail, des bilans de compétences…”, énumère-t-elle. Puis il y a eu la journée de trop, celle qui l’a faite passer de l’autre côté de la barrière, se demandant elle-même où elle en était : “Je me revois garer ma voiture et me dire que je ne veux plus y retourner. Quand j’ai dit cela à mon mari en passant la porte, il a répondu : Enfin?!”.

Cécile Joly a ensuite vu avec ses parents pour prendre la suite au moment de leur retraite officielle : ”C’était il y a une douzaine d’années maintenant“. Elle admet volontiers avoir oublié la date exacte. Le changement de rythme de vie aura tout bousculé, pour le meilleur.

 

Présidente dela SCA Les Vignerons des Dentelles

Sur le vignoble, ce sont les hommes les plus présents. Gérard, son mari, depuis 1993 donc, et plus récemment, depuis presque cinq ans, également leur fils Gabriel qui les a rejoint après l’obtention de son BTS viti-œno. Quelques salariés viennent compléter l’équipe, ”nous avons quand même une exploitation de 32 hectares“! Cécile Joly s’attache quant à elle davantage à la partie administrative et comptable. ”Plus ça va, plus ça prend de place. J’ai retrouvé des bilans du temps de mon grand-père. A l’époque, ils ne faisaient pas que du vin, il y avait aussi des asperges et des carottes par exemple, et les cahiers duraient plusieurs années. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Tout s’est complexifié“, ajoute la co-gérante de l’exploitation.

Sa carrière passée lui a également donné des clés lui permettant d’accéder, début juillet, à la présidence de la SCA Les Vignerons des Dentelles, à la suite du départ de Claude Chabran - qui reste président du groupe Rhonéa. ”J’étais impliquée dans le conseil d’administration depuis longtemps, avec la vice-présidence de la cave de Vacqueyras et le projet d’union avec Beaumes, qui a d’ailleurs été un moteur supersonique dans l’atteinte de nos objectifs, en trois ans au lieu de six prévus. Étant peu sur le vignoble, j’avais aussi plus de temps pour prendre des responsabilités au niveau de la gestion et de l’accompagnement“, explique Cécile Joly. 

”Le travail en coopérative c’est super, on prend les décisions en équipe. On ne peut pas penser qu’à soi, il ne faut jamais oublier les 180 familles qu’il y a derrière, même si toutes ne vivent pas à 100 % de la vigne“, explique-t-elle. Pour les viticulteurs, premier maillon de la chaîne, comme pour le maître de chai, ”qui a fait des miracles avec les raisins venus après le gel d’avril“, les commerciaux et leur inventivité, la production, qui ont été ”de vrais magiciens, compte tenu des difficultés d’approvisionnement cette année“. Et puis elle vient là, en cheffe d’un orchestre qui, sans un des musiciens, ne pourrait jouer correctement sa partition. ”C’est la force du collectif“, s’émerveille-t-elle encore.

 

Donner les bons outils

”Nous faisons le maximum pour maintenir les rémunérations, voire les augmenter, afin d’amener la plus belle récolte possible, pour magnifier le raisin en vin, pour vendre et expédier“, énumère-t-elle. La rémunération pour la récolte 2020 a effectivement augmenté de 1,5 à 2,5 % selon les appellations par rapport à 2019. Seul le muscat semble pécher, la consommation étant elle-même un peu en baisse. Pour aller de l’avant, la cave mise sur la bouteille, et permet notamment depuis 1997 de vinifier dans un chai ‘Domaines et châteaux’, afin de ne pas mélanger les raisins. ”C’est une fierté pour le vigneron, mais aussi une gamme supplémentaire. Aujourd’hui, nous avons de toutes les appellations, de toutes les couleurs, ce qui permet de proposer aux consommateurs un bel éventail“, affirme Cécile Joly.

Les services proposés par la SCA viennent aussi soulager les vignerons pour leur permettre de se concentrer sur le cœur de leur métier. Pour les dossiers complexes, les demandes de subventions, les relations avec les douanes ou encore le suivi du vignoble, les coopérateurs peuvent demander une aide au service vignoble de la coopérative. Ils disposent également d’une application météo, Météus, sur laquelle ils peuvent visualiser l’ensemble du territoire : ”C’est un outil d’aide à la décision formidable, notamment pour le traitement par rapport au vent“.

En cette fin de mois, le temps des vendanges est arrivé. Chez elle, celles des blancs ont débuté cette semaine et les rouges devraient être récoltés pendant trois semaines dès le 5 septembre. Pour la cave, les portes ont ouvert le 30 juillet et les vendanges devraient se poursuivent jusqu’à début octobre. ”Les volumes devraient être bons, à nous de faire la qualité“, conclut la vigneronne. 

Manon Lallemand


Le 5 septembre devraient débuter les vendanges des cépages rouges, pour trois semaines et principalement à la main. (© M. Lallemand)

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