Septèmes-les-Vallons : les chèvres du Rove, la passion d’une vie pour Éric Prioré

Publié le 11 avril 2022

Éric Prioré est installé depuis 2012 à Septèmes-les-Vallons, au sein de la chèvrerie communale (© J. Dukmedjian)..

Implanté à Septèmes-les-Vallons et désormais président du Groupement de producteurs de Brousse du Rove, Éric Prioré a vécu plusieurs vies professionnelles avant de trouver sa voie, en devenant fromager et chevrier.

Éric Prioré n’a qu’un seul regret : “Celui de ne pas avoir choisi ce métier plus tôt“. Le quinquagénaire – devenu éleveur caprin sur le tard et “par le plus pur des hasards“, après une carrière professionnelle aux antipodes de l’agriculture – avoue sans ambages arriver tous les matins à sa chèvrerie, depuis 2014, avec la sensation “de ne pas aller au travail. Je n’avais jamais vécu cela avant“, raconte avec un large sourire l’heureux propriétaire d’un cheptel de 144 chèvres du Rove. Sa précédente vie professionnelle était, il est vrai, aux antipodes de l’actuelle : plutôt dans le fracas des machines d’imprimerie et des odeurs d’encres ou de solvants que dans celle de la garrigue et des bêlements des cabrettes. Une voie toute tracée pour ce fils de maquettiste, qui a vite lâché les bancs de l’école pour apprendre, puis exercer, le métier de rotativiste. Jusqu’à un licenciement et une reconversion “sur le tas“ comme plaquiste, dans le secteur du bâtiment.

À l’occasion d’un bilan de compétences pourtant, il commence à s’intéresser au métier de fromager et s’inscrit à une formation à l’École nationale des industries du lait et des viandes, en Haute-Savoie, dont il ressort diplômé en 2012. Le plus dur reste à faire, à savoir trouver une exploitation à reprendre : “J’avais les compétences, il me manquait désormais la matière première pour exercer mon métier : fabriquer du fromage“. Ce Marseillais répond alors à une consultation de la ville de Septèmes-les-Vallons, qui recherchait un repreneur pour sa chèvrerie communale (voir encadré). “Je suis arrivé comme fromager, sans réelle connaissance du métier d’éleveur. Mais j’ai eu le virus dès ma première sortie dans les collines avec Guy Chauvelot, le chevrier dont j’ai ensuite repris le cheptel. Dix ans plus tard, la passion est intacte“, raconte, avec enthousiasme, Éric Prioré. Suivent près de deux ans intenses à apprendre le métier à ses côtés, jusqu’à la passation et la construction, par la commune, d’une chèvrerie “en dur“ – les animaux étaient auparavant parqués dans un tunnel – avec une aire paillée de 300 m² et un laboratoire attenant, pour la fabrication de fromage.

Privilégier la qualité

La mairie de Septèmes-les-Vallons m’a livré le bâtiment, tout en me laissant une grande liberté pour en concevoir les aménagements intérieurs“ : les enclos, le quai de traite... en lien avec l’architecte. “Un vrai luxe“, souligne l’éleveur, qui a financé, conformément à la convention qui le lie à la ville, les outils de production de la chèvrerie et du laboratoire. En dix ans, la taille du cheptel est restée quasi stable, avec 144 chèvres, contre 137 au moment de son installation. “J’ai décidé, cette année, de démarrer un travail de sélection plus en profondeur, et de réformer une partie du troupeau.“ L’objectif est d’écarter les plus âgées, mais aussi d’opérer une sélection pour privilégier la qualité plutôt que la quantité de lait. “Jusqu’alors, l’enjeu était surtout de répondre à la très forte demande de fromages“, précise Éric Prioré. Ce dernier fait en effet partie du cercle très fermé des éleveurs caprins pouvant se targuer du précieux label ‘AOP Brousse du Rove’. Cette préparation fromagère représente encore aujourd’hui 70 % de sa production. Le top départ de cette production, annoncée sur sa page Facebook, est attendu par les amateurs chaque année : “J’en ai déjà vendu 10 700 en un mois“, se réjouit l’éleveur-fromager, qui a réussi à concentrer l’essentiel des mises bas sur la deuxième quinzaine de février. “C’est une période d’activité intense, avec 200 cabris en une semaine et demie. Les dernières naissances sont prévues pour début avril“ note Éric Prioré, désormais rodé à ce genre d’exercice.

600 ha de pâtures

Depuis cinq ans, il se concentre désormais sur les volets production de fromages (frais, demi-frais, secs) et vente. Deux chevriers et un apprenti se relaient pour mener, chaque jour, les chèvres dans les 600 hectares de collines dont il dispose, via des conventions de pâturages avec des acteurs privés – comme le cimentier Lafarge – et des collectivités ou des institutionnels, tels que la commune de Septèmes-les-Vallons, le Département et la Régie des transports métropolitains. La commercialisation s’effectue, pour l’essentiel, par l’intermédiaire de magasins de détails (fromageries, épiceries) et d’enseignes de la grande distribution, localisés à Septèmes-les-Vallons, Marseille et Aix-en-Provence. La vente directe est en revanche minoritaire, en raison de la position excentrée du lieu, même s’il existe un très fort “esprit village qui fonctionne bien“ dans cette commune qui jouxte Marseille, souligne Éric Prioré. “La présence d’une chèvrerie communale est une fierté pour beaucoup d’habitants. Et le soutien de la municipalité est d’autant plus précieux qu’il ne se limite pas à des effets de communication1“, comme en témoigne la construction récente d’un bâtiment agricole pour le stockage du fourrage et de la paille, attenant à la chèvrerie. 

Julien Dukmedjian

 

(1) Éric Prioré est lié à la commune par un bail rural : elle est propriétaire des bâtiments. Le terrain sur lequel ils sont implantés appartient au comité d’entreprise de la Régie des transports métropolitains.

 


Autres productionsElevageRove fromage élevage caprin AOP Brousse du Rove