Session CA 13 : “Rebâtir notre souveraineté alimentaire, un défi immense“

Publié le 08 décembre 2020

Si l’agriculture est revenue au cœur des priorités de notre pays, le président de la Chambre d’agriculture, Patrick Lévêque, espère que les pouvoirs publics ne ratent pas la sortie de crise (Photo : CA13).

L’agriculture départementale a su se mobiliser et retrousser les manches, pour traverser la crise. Mais en permanence mis à mal, l’appareil productif aspire à de vrais soutiens publics, pour relever l’immense défi de la souveraineté alimentaire.

Le contexte sanitaire a exceptionnellement conduit la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône à organiser sa session de novembre dans un format adapté, avec en particulier un nombre d’invités très restreint. Un protocole qui a toutefois permis au préfet des Bouches-du-Rhône, Christophe Mirmand, d’être présent le 23 novembre à Aix, lui qui a déjà montré son intérêt sur la problématique agricole1 depuis sa prise de fonction cet été.

Sa participation à cette session d’automne marquait aussi la volonté de l’État de ne pas voir se déliter ce qui constitue une composante économique majeure pour le pays. Le président de la Chambre d’agriculture, Patrick Lévêque, en avait bien compris les enjeux, et a proposé deux thèmes majeurs constituant le fil conducteur des sujets à venir en 2021 : la notion de souveraineté alimentaire, et la nécessité de politiques favorables à la production.

L’agriculture départementale a su faire face

Dans les Bouches-du-Rhône, l’agriculture - à la fois spécialisée, orientée vers les marchés d’expédition français et étrangers, mais aussi familiale et positionnée sur les marchés de proximité - a dû s’adapter et se réinventer ces derniers mois, pour continuer de nourrir la population. D’innombrables initiatives, souvent accompagnées par la Chambre d’agriculture, ont vu le jour au sein des exploitations, pour que les produits frais parviennent jusqu’aux consommateurs. Beaucoup d’agriculteurs ont pu organiser des drives et des livraisons, qui ont apporté très tôt des réponses aux attentes des consommateurs. Avec le confinement, les citoyens ont repris conscience de l’importance de se nourrir de façon saine, ont redécouvert la proximité, la localité et leur territoire agricole. Mais avec la mise en suspens de nombreux débouchés, toutes les pertes ne seront toutefois pas compensées, à l’image de celles subies par l’agritourisme ou le secteur viticole.

Aussi, puisque l’indépendance agricole et agro-alimentaire est devenue un nouvel enjeu majeur, les bons enseignements de cette période inédite doivent maintenant se traduire en actes.

En avril dernier, le président de la République, dessinant les contours de l’après Covid, évoquait l’urgence à rebâtir notre indépendance agricole et alimentaire. Depuis, quelques signaux positifs ont été adressés ces dernières semaines, comme en convient Patrick Lévêque, notamment, “avec la prolongation du TO-DE jusqu’en 2022, ou le refus, par le gouvernement, de signer un accord avec le Mercosur, dévastateur pour des pans entiers de notre agriculture. Cependant, l’ambition affichée par l’État ces derniers mois appelle à un ensemble de mesures d’un tout autre souffle“, d’après le président de la Chambre.

Même si elle a montré sa capacité à s’adapter, l’agriculture souffre d’un déficit de compétitivité, d’un coût du travail trop élevé, de normes franco-françaises multiples qui pénalisent son développement sur des marchés totalement saturés et dérégulés. Sans compter la pression foncière exacerbée et ces contraintes environnementales qui s’empilent, et dont les conséquences sont désastreuses, à l’image des Zones de non traitement.

Relocaliser l’approvisionnement alimentaire de nos concitoyens ne se décrétera pas ! Il convient de faire les choses dans l’ordre, à commencer par accompagner la production, et par le fait de se donner les moyens de ses ambitions“, insiste le président Patrick Lévêque.

Le plan de relance de l’État – qui intègre l’agriculture et qui permettra de flécher plus d’un milliard d’euros vers le secteur – est un très bon signal. Mais “le sujet de la souveraineté agricole et alimentaire est évidemment bien plus vaste que le périmètre de ce plan, qui ne constitue qu’une étape“, tempère-t-il.

S’attaquer aux fragilités structurelles

Au-delà des fragilités conjoncturelles liées à la pandémie, ce sont bien en effet aujourd’hui des fragilités structurelles qui menacent l’indépendance alimentaire de la France. Depuis 20 ans, alors que la population a augmenté, la production agricole française stagne, le nombre d’agriculteurs diminue quand, dans le même temps, les importations augmentent plus vite que les exportations.

Il est urgent de susciter les vocations et d’offrir des perspectives à ceux qui font le choix de l’agriculture, d’une agriculture économique, professionnelle et vivable“, observe Patrick Lévêque, pour qui “rebâtir notre souveraineté alimentaire est un défi immense“.

Protéger le potentiel de production, investir dans les outils de production et de transformation, assurer la transparence sur l’origine des produits, sensibiliser les consommateurs sur le juste prix de leur alimentation et des attentes qu’ils placent en leurs agriculteurs, sont autant de domaines pour lesquels le monde agricole attend un accompagnement, et des moyens, à la hauteur des ambitions affichées par les pouvoirs publics. Le président de la Chambre d’agriculture aura pris le temps d’exprimer les attentes de la profession au préfet. “Sans compétitivité, il n’y aura pas de souveraineté. Nos entreprises doivent être mises en capacité de répondre aux attentes de tous les consommateurs, de produire toutes les gammes, pour tous les marchés, avec des règles du jeu loyales“, conclut Patrick Lévêque. 

Emmanuel Delarue

1 Lire notre édition du 30 octobre 2020, page 3.


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