Situation hydrologique : août toujours aussi sec

Publié le 16 août 2022

Juillet a été le deuxième mois le plus sec jamais enregistré. Depuis la semaine dernière, tous les départements de métropole sont concernés par les appels à l’économie d’eau. (© E. Delarue)

La sécheresse qui sévit sur la France ne faiblit pas sur le mois d’août. L’ensemble du département est désormais placé en état de vigilance. La situation, qui continue de se dégrader, fait passer en état de crise des secteurs spécifiques.

Au fil des semaines, les observations des experts et les décisions prises par les autorités en matière de restrictions d’usage de l’eau sur l’ensemble du territoire ne font que confirmer le caractère exceptionnel de la sécheresse qui touche l’Hexagone cette année.

En région Paca, le déficit pluviométrique est de 50-55 % et, à l’exception de rares orages, les précipitations ont été très faibles sur le territoire, avec un cumul inférieur à 5 mm. Comme l’a confirmé il y a quelques jours le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, le mois de juillet serait le mois le plus sec depuis 1959. La sécheresse exceptionnelle des sols superficiels continue d’impacter fortement le secteur agricole et le risque incendie.

Pour les prochaines semaines, la tendance saisonnière des météorologues annonce un mois d’août avec un ressenti estival, dans la continuité du mois de juillet. Le manque d’eau de juillet devrait se poursuivre dans les jours à venir, avec une absence de précipitations sur le pourtour méditerranéen et quelques orages sur le reste du territoire, mais des températures encore supérieures à la normale.

Aussi, depuis la semaine dernière, tous les départements de métropole sont concernés par les appels à l’économie d’eau.

 

‘Crise sécheresse’ dans l’est du département

Dans le département des Bouches-du-Rhône, le préfet a pris, le 2 août dernier, un arrêté complétant plusieurs arrêtés préfectoraux pris depuis le 1er avril 2022, et qui placent en état de vigilance l’ensemble du département.

Les bassins versants de l’Arc aval, la Crau, la Crau Sud Alpilles, la Touloubre aval, le littoral est de Marseille, le littoral ouest de Marseille (soit 39 communes) sont placés en état d’alerte. À noter que préfet des Bouches-du-Rhône a pris, le 8 août, un arrêté qui place la Crau en état d’alerte renforcée qui limite les prélèvements dans la nappe, afin de préserver la ressource en eau.

L’Arc amont, la Durance, la Touloubre amont (soit 72 communes) ont été placés en état d’alerte renforcée, tandis que l’Huveaune amont et aval et le Réal de Jouques (soit 19 communes) sont concernés par le niveau dit de ‘crise sécheresse‘. Ce stade vise l’interdiction de tous les prélèvements en rivières ou en nappes sur les communes concernées, à l’exception des usages prioritaires (agriculture et gestionnaire d’eau potable notamment). Il définit également des règles strictes dans l’usage de l’eau, pour les ressources extérieures provenant de la Durance et du Verdon dites maîtrisées, c’est-à-dire non issues de prélèvement dans des eaux superficielles ou souterraines du département et pouvant elles-mêmes faire l’objet de tension.

 

Une gestion rigoureuse et hebdomadaire de la Durance

L’aménagement du territoire provençal et une gestion rigoureuse des ressources permettent cependant de répondre aux besoins de notre agriculture. Cette gestion intelligente de tous les acteurs de l’hydraulique agricole membres de la Commission exécutive de la Durance (CED) a conduit, le 17 juin dernier, à mettre en place des restrictions de prélèvements d’eau à hauteur de 25 %.

La baisse drastique des prélèvements n’était cependant pas suffisante pour équilibrer le débit disponible et le débit consommé par les canaux. La CED s’est donc vue contrainte de demander à EDF, concessionnaire de l’ouvrage, un déstockage anticipé exceptionnel de la réserve agricole du barrage multi-usages de Serre-Ponçon, ce afin de tenir compte des limites techniques des canaux d’irrigation et de ne pas compromettre l’intégralité de la production agricole sur les 75 000 hectares irrigables concernés.

Depuis que le déstockage de la réserve agricole a commencé, 100 millions de mètres cubes ont déjà été consommés, sur les 200 millions disponibles. Tout dépend de la climatologie, mais ce déstockage avoisine actuellement les 3,5 millions de mètres cubes par jour au niveau du barrage de Serre-Ponçon”, indique Jérôme Grangier, le directeur de la CED.

Pour les huit jours à venir, cette gestion de crise devrait être maintenue. Et, dans un scénario ‘sans pluie’, les canaux pourront continuer d’être alimentés jusqu’au 10 septembre dans le schéma d’organisation actuel. Mais tous espèrent que les orages du 15 août seront au rendez-vous, pour réapprovisionner le haut du bassin-versant de la Durance.

Le fonctionnement efficace du système repose sur un pilotage des restrictions, au regard des consommations des canaux et de leurs dotations. Le protocole de crise permet de caler au mieux l’optimisation en temps réel de la gestion de la réserve”, explique Jérôme Grangier. La surveillance des orages susceptibles d’apporter de l’eau dans les bassins-versants intermédiaires, en amont ou en aval du barrage, participe à l’évolution de la réserve et modifie les restrictions pouvant être appliquées.

Sur la comptabilisation d’EDF, il reste donc 110 millions de mètres cubes de la réserve et, tous les huit jours, le pilotage des restrictions est réactualisé.

EDF fournit à la CED un fichier de déstockage qui comprend les données du débit naturel reconstitué de la Durance, la consommation des canaux en temps réel, l’évolution du barrage de Serre-Ponçon, etc. L’ensemble de ces éléments permet à la CED d’établir des projections sur le dépassement, ou pas, de la réserve, et de piloter la stratégie d’autorisation d’alimentation et de consommation d’eau des canaux.

Il n’en demeure pas moins que chez les agriculteurs, l’inquiétude est particulièrement vive. Cette décision forte de restriction des prélèvements des canaux de la CED aura d’importantes répercussions économiques, à la fois pour les exploitations agricoles des territoires concernés, mais également pour les gestionnaires de canaux.

D’un point de vue technique, les canaux souffrent, mais la profession s’organise. “Sur certains canaux gravitaires en particulier, on observe des situations problématiques en raison des restrictions de la dotation. Celles-ci seront remontées auprès de l’administration pour que des aides soient notamment affectées”, assure le directeur de la CED. 

Emmanuel Delarue


La sécheresse diminue la ressource en eau et la canicule augmente la demande. (© E. Delarue)

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