Taureaux de camargue : le Parc et l’élevage, une vieille histoire qui a de l’avenir

Publié le 25 mai 2021

Plus de la moitié des élevages de Taureaux de Camargue est aujourd’hui labellisée en bio (@ E. Delarue).

La promotion des viandes françaises et la communication sur le savoir-faire de la filière font partie des missions de l’interprofession Interbev. En Camargue, quand les éleveurs, abatteurs ou connaisseurs du territoire prennent la parole, les messages passent d’autant mieux.

La filière élevage et viande organise ce mois-ci, sur l’ensemble des territoires français, la 6e édition de son opération ‘Made in viande’. À destination du grand public, ces rencontres visent à faire comprendre les dimensions de ses différents métiers, le travail réalisé à travers chaque maillon de la filière, la qualité des produits et leur traçabilité. Du 24 au 31 mai prochains, les professionnels vont sensibiliser le public dans ce sens. Ils devraient recevoir de nombreux visiteurs sur différents sites, pour partager leur quotidien et leurs valeurs.

C’est Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes à l’échelle nationale, qui initie l’opération, relayée ensuite en régions. Comme le rapporte Jean-Marie Pouwels, président d’Interbev Paca et Corse, ces portes ouvertes sont également l’opportunité de parler aux jeunes et de leur ouvrir de réelles perspectives d’emploi et de formation, “car la filière nationale représente près d’un demi-million de professionnels qui travaillent dans un secteur clé de l’économie française“.

Au plan local, l’interprofession s’est invitée cette année en Camargue, chez Claire et Jacques Mailhan, pour mettre en avant le territoire bovin et souligner le rôle de l’élevage de taureaux de Camargue, en donnant la parole à plusieurs acteurs du secteur. Jean-Marie Pouwels a d’abord rappelé les efforts réalisés sur la qualité des produits, pour optimiser leur traçabilité dans les circuits de transformation et de commercialisation, ou encore l’amélioration des pratiques des professionnels. “Nous œuvrons pour une meilleure reconnaissance de tous les métiers de la chaîne de la viande, du producteur ou encore du boucher“, explique-t-il.

La qualité supérieure a le vent en poupe

L’interprofession a beaucoup travaillé en région pour que les spécificités locales et les démarches d’identification collectives et de qualité puissent être mieux valorisées sur le marché. Aujourd’hui, l’un de ses principaux chantiers est d’accentuer ce travail de communication au sein de son propre bassin régional de consommation. “La filière viande bovine régionale doit pouvoir, en premier lieu, s’adresser à ce marché très important. Nous souhaitons soutenir aussi les filières de qualité, les marques, le Label rouge et le bio car, là aussi, le potentiel et les atouts en région sont énormes pour produire et transformer de la qualité, avec le pâturage de montage, mais aussi en Camargue par exemple“, commente Jean-Marie Pouwels.

La demande qualitative est en effet en progression. Celle des collectivités territoriales notamment, puisqu’elles vont être tenues par la Loi Égalim d’introduire – à hauteur de 20 % dès 2022 – des produits carnés sous signes officiels de qualité dans leurs appels d’offres. “Nous devrions pouvoir observer les effets sur les élevages de ce levier dès la fin de cette année. Le point délicat sera de faire correspondre les besoins de la restauration hors foyer et l’élevage, ce qui va nécessiter une adaptation de la part des chefs de cuisine dans les commandes“, indique Olivier Roux, directeur de la société Alazard et Roux.

L’équilibre matière – à travers la découpe – est un sérieux défi que le confinement a d’ailleurs accentué, avec l’explosion de la demande sur la viande hachée. Mais le metteur en marché est confiant sur le fait que le marché de la viande bovine retrouve des prix plus intéressants pour les éleveurs, dans l’avenir. Les travaux d’une commission parlementaire sur le revenu des éleveurs pourraient y contribuer, en imposant que le prix payé à l’éleveur apparaisse dans les cahiers des charges d’appels d’offres.

Pour ce qui est du taureau de Camargue, après près de 30 ans d’existence, l’AOP se porte bien. “Il faut davantage travailler sur la valorisation des produits mais, depuis le Covid, le phénomène de la vente directe s’est fortement développé, et la boucherie de détail a aussi repris du poil de la bête. Les perspectives sont donc bonnes.“ Et la poursuite de l’exploitation de l’abattoir par la coopérative Sica ‘Abattoir de Tarascon’ renforce également les ambitions. “On observe d’ailleurs un recentrage de la demande sur les viandes nationales dans tous les pays d’Europe“, complète le directeur.

Auxiliaire actif de la défense de la biodiversité

Dans la zone humide de Camargue, les enjeux autour du taureau sont bien sûr avant tout environnementaux. Étienne Villiet, président de l’AOP Taureau de Camargue, a resitué le rôle de l’élevage dans le territoire, en soulignant tout son potentiel et ses richesses, mais aussi l’importance de la présence de l’animal pour la biodiversité. “Ici, la forte productivité des zones humides pourrait conduire, sans pression pastorale, à des fermetures de milieux, notamment l’accroissement des roselières, bois de tamaris, etc. Chacune de nos bêtes est un auxiliaire actif et zélé de la défense de la biodiversité“, affirme le président de l’AOP.

Environ 20 000 bêtes pâturent en Camargue. “C’est peu, et c’est pour cette raison que la race est considérée comme menacée.“ Le taureau de Camargue est donc un acteur majeur. Sans lui, ce territoire n’évoluerait pas dans le bon sens. Il faut dire que l’agriculture intensive, mais aussi la proximité des villes qui cherchent à s’étendre ou valoriser leurs déchets, continuent d’être de réelles menaces potentielles.

Sur la question des enjeux environnementaux du territoire, Stephan Arnassant, responsable biodiversité au Parc naturel régional de Camargue, rappelait que le Parc – qui existe depuis 1970 – ne couvre pas la totalité du territoire de l’AOP, “mais que ce sont bien les éleveurs qui en sont, entre autres, à l’origine“.

Le delta camarguais est l’un des mieux conservé en Europe et en Méditerranée. Les équilibres sont bien mieux préservés que dans le delta de l’Ebre, en Espagne, ou en Italie, dans le delta du Pô. L’élevage extensif de taureaux en Camargue a pour cela joué un rôle très important : sans lui, des espaces jugés peu productifs, comme les sansouïres, mais essentiels à l’identité de la race camarguaise ont, par exemple, pu été conservés. Les équilibres sur la gestion de l’eau doivent aussi beaucoup à l’activité de l’élevage en Camargue. “Le secteur fait partie des grands acteurs qui permettent de maintenir les apports d’eau douce dans le système du delta, et de financer tous les aménagements hydrauliques. Sans l’élevage, une grande partie des espaces camarguais serait salée à l’heure actuelle“, ajoute le responsable. Il ne faut pas oublier non plus le bon niveau de conservation des plusieurs espèces animalières grâce à l’élevage, à l’image du petit limicole glaréole à collier, qui ne vit qu’en Camargue.

Le parc de Camargue et l’élevage, c’est donc une vielle histoire. L’élevage camarguais ne se résume certainement pas à son folklore. Il a, depuis longtemps, montré tout son intérêt pour le maintien des grands espaces. 

Emmanuel Delarue


Chez la famille Mailhan, lundi 17 mai, plusieurs personnalités de la filière ont échangé autour des enjeux liés à la présence indispensable du taureau de Camargue sur son territoire spécifique (@ E. Delarue).

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