Teigne de l’olivier : un nuisible à nouveau suivi de près

Publié le 12 juillet 2022

Pour la génération carpophage, les chenilles qui pénètrent au niveau du pédoncule de l’olive peuvent aller dévorer l’amandon de l’olive et entraîner une chute prématurée des fruits (© France Olive).

Dans les vergers d’oliviers, la recrudescence de la teigne a conduit l’interprofession et le réseau des techniciens à redoubler de vigilance.

On observe, ces dernières années, une augmentation des dégâts de teigne à la récolte. Depuis 2019 notamment. Cette situation qui inquiète les oléiculteurs a conduit l’ensemble des techniciens du réseau du Bulletin de santé du végétal à redoubler de vigilance. Comme l’explique Julien Balajas, responsable du pôle ‘Agronomie’ à France Olive, “on constate une diversité de situations observées dans les vergers. Avec parfois des dégâts sur feuilles, sur fleurs, mais pas forcément de dégâts à la récolte. Et parfois des conditions totalement inverses, avec peu de dégâts observés sur feuilles et beaucoup de dégâts à la récolte”. Des efficacités contrastées des traitements à base de Bacillus thuringiensis (BT) alertent aussi la profession depuis plusieurs campagnes.

Recherche et réseau

Pour répondre à cette problématique grandissante, France Olive a d’abord relancé une recherche bibliographique sur le cycle biologique du ravageur, sur ses prédateurs et parasitoïdes, les méthodes de lutte… Par ailleurs, depuis avril 2021 – dans le cadre d’un programme financé par l’Europe et FranceAgriMer – un réseau d’observation de la teigne et de ses différentes générations a aussi été mis en place, en partenariat avec les techniciens oléicoles de la Région Sud, d’Occitanie, de Rhône-Alpes-Auvergne et de Corse.

Symptômes et dégâts multiples

Les symptômes et les dégâts occasionnés par la teigne sont multiples. Comme l’explique Caroline Goutines, responsable d’étude au Centre technique de l’olivier. La génération phyllophage va se développer sur feuilles. À ce stade, les galeries et les mines des larves ne pénalisent pas directement l’olivier. Pour la génération anthophage, la chenille consomme les boutons floraux et les fleurs, induisant en revanche des dégâts à la récolte.

Pour la génération carpophage, les chenilles qui pénètrent au niveau du pédoncule de l’olive dévorent l’amandon de l’olive et entraînent une chute prématurée des fruits.

Les techniciens disposent d’un indicateur du seuil de nuisibilité défini par le réseau de surveillance biologique du territoire. Il repose sur le comptage des galeries de larves de teignes de la génération phyllophage, aperçues sur feuilles dès la sortie d’hiver. À partir de 10 % à 15 % des feuilles minées, le risque de nuisibilité est réel.

Plusieurs facteurs viennent néanmoins réguler les populations de teigne dans les vergers. Chez les ennemis naturels du ravageur ou les auxiliaires de cultures, on compte d’abord les chrysopes, dont les larves consomment les œufs au printemps et à l’été. Les coccinelles et les fourmis sont également capables de prédater le ravageur. Les araignées peuvent manger tous les stades de teigne tout au long de l’année, tandis que certaines punaises peuvent prédater aussi les œufs.

Invisibles à l’œil nu, les micro-hyménoptères constituent des parasitoïdes particulièrement efficaces. Certaines études relèvent des taux de prédation des œufs sur fruits allant jusqu’à 80 %.

Concernant les conditions climatiques, on sait seulement que les fortes chaleurs peuvent induire une mortalité des œufs et, inversement, le développement de la génération sur feuille notamment peut être perturbé lors des périodes de froid.

Moyens de lutte limités

Pour lutter contre le ravageur, les oléiculteurs disposent essentiellement des insecticides de biocontrôle à base de BT autorisés à partir de la floraison, ou entre le stade petits fruits et jusqu’à la maturation des fruits. En fonction des spécialités commerciales, de deux à six applications par an sont autorisées.

Ces dernières années, beaucoup de producteurs n’intervenaient plus sur la teigne et constataient, à la récolte, des dégâts parfois importants. Or, on sait que, pour avoir une efficacité optimum des Bt, il faut les positionner sur la période de floraison à partir du stade bouton blanc, avec deux à trois renouvellement pour couvrir la période de présence des larves sur les fleurs. “Notre objectif est donc de trouver un indicateur pertinent préalable à la période de floraison, afin que le producteur puisse définir si les conditions de production de l’année (climatique, activité des auxiliaires…) ont été favorables au développement des populations de teigne et, donc, au risque de dégâts à la récolte. Ainsi, il aurait tous les éléments pour décider ou non de traiter la teigne au Bt sur la période de floraison”, précise Julien Balajas.

Pour optimiser déjà l’efficacité du BT, “son utilisation en début de floraison, sur la génération anthophage, permet un très bon contrôle du ravageur sur la génération suivante. Encore faut-il pouvoir bien couvrir toute la période où les chenilles sont susceptibles de manger de l’épiderme”, préconise Pascal Armengaud, de la société Sumitomo chemical. Par ailleurs, comme pour tous traitements, la qualité de la pulvérisation est aussi importante.

Enfin, autres pistes : la confusion sexuelle d’une part – elle est actuellement expérimentée par France Olive –, et la pulvérisation d’éthylène d’autre part, qui pourrait permettre de limiter la ponte des teignes sur les fruits.

Affiner les observations pour intervenir au plus tôt

Pour compléter les observations dans les vergers, France Olive – en collaboration avec les techniciens oléicoles – a déployé un réseau de parcelles d’observation. Une vingtaine de parcelles réparties sur toute la zone oléicole permet de suivre la dynamique du ravageur dans les vergers et d’indiquer un risque potentiel à la récolte.

Des pièges à phéromones – qui suivent les vols d’avril à juillet – sont relevés sur la période, une fois par semaine. Les symptômes et les dégâts pour chaque génération de teigne sont aussi observés, à raison de deux comptages par mois sur feuille, en mars-avril, et sur inflorescence, en mai et juin. Il y a ensuite les observations de chute de fruits causés par la teigne avant récolte.

Le réseau travaille actuellement sur les corrélations entre les différents dégâts observés, afin de définir des indicateurs du risque de dégâts potentiels à la récolte, indicateurs permettant à la suite de déclencher les traitements.

Statistiquement, on a observé une corrélation positive et significative entre le pourcentage d’inflorescences attaquées et le pourcentage de feuilles présentant des symptômes de teignes en 2021. Sur la relation entre les symptômes sur inflorescences et les chutes de fruits, on observe aussi visuellement une tendance à une corrélation positive. D’après toutes ces variables, il ressort, en 2021, que la chute des fruits est liée à la durée du pic de vols d’avril à juillet, ainsi qu’au nombre de traitements. Plus le pic de vols d’avril à juillet sera long, plus le niveau de chutes d’olives dues à la teigne est important”, commente Caroline Goutines.

La question des sensibilités variétales est aussi étudiée, et l’objectif de France Olive est de pouvoir établir un outil prédictif des chutes de fruits causés par la teigne avant récolte.

Cette année, l’indicateur de la durée du pic de vol, potentiellement prédictif des dégâts à la récolte, et l’indicateur de nuisibilité sur le pourcentage de mines sur feuilles doivent être confirmés.

Emmanuel Delarue

 


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