Tempête Alex : la famille de l’élevage solidaire

Publié le 01 décembre 2020

Les éleveurs de Camargue et de Crau notamment ont collecté 120 tonnes de fourrage en un jour et demi (photo : SA).

Les éleveurs des Bouches-du-Rhône collectent 120 tonnes de fourrage qu’ils font acheminer, avec leurs nombreux soutiens locaux, vers les élevages des Alpes-Maritimes sinistrés par la tempête Alex.

Dans la région montagneuse durement frappée par la tempête Alex le 2 octobre dernier, plus d’une centaine d’agriculteurs, surtout des éleveurs ovins et bovins, ont été sinistrés. Entre les pertes d’animaux, de bâtiments d’exploitations, les dégâts matériels et les besoins de fourrage, beaucoup se demandaient encore il y a quelques jours comment ils passeraient l’hiver. Il fallait agir vite pour ravitailler dans l’immédiat ces exploitations enclavées en hauteur. Dans un grand élan de solidarité, une vaste opération de collecte de foin s’est organisée entre les éleveurs de tous les départements  de la région ces dernières semaines.

Six camions convoyés dans les montagnes

Dans les Bouches-du-Rhône, l’appel lancé par la Chambre d’agriculture, la FDSEA et les JA a immédiatement fait écho. Avec le soutien du Comité de foin de Crau, les éleveurs de Camargue et de Crau, notamment, ont collecté 120 tonnes de fourrage en un jour et demi. Mais le plus dur restait à faire : par endroits, des routes ont en effet été emportées et des ponts détruits. Alors, même si certains axes ont été dégagés – pour redescendre notamment les troupeaux des zones d’estive –, impossible de convoyer ces volumes de fourrages par camions de gros tonnages.

Avec le soutien de nombreux partenaires dans les Bouches-du-Rhône, comme la Safer, le Crédit Agricole et les Rotary club d’Aubagne et de Carnoux, toute une logistique a pu être organisée et financée. Au total, six petits camions ont été utilisés pour acheminer le fourrage dans les vallées depuis le Min de Nice, où des hangars ont été libérés pour stocker le foin. Le dernier convoi de foin en provenance des exploitations des Bouches-du-Rhône a été effectué cette semaine. Dans les vallées de la Vésubie et de la Roya, les éleveurs et leurs bêtes pourront finalement passer l’hiver, tandis que d’autres ont pu rejoindre leurs places sur d’autres secteurs, ou être accueillis dans le piedmont.

Deux éleveurs accueillis en Crau

Mais, malgré cette opération de grande ampleur, la situation de certains éleveurs restait critique, en particulier pour les exploitants à la tête de gros cheptels qui se sont retrouvés sans bâtiments ni terres, du jour au lendemain. C’est le cas de Jean-Pierre Cavallo, éleveur de moutons à Saorge, dans la vallée de la Roya. Sur son exploitation familiale, il possède plus de 800 brebis. Il a beaucoup perdu dans les intempéries. Notamment “une bergerie, qui s’est affaissée en raison de l’érosion provoquée par les torrents d’eau, et deux serres tunnels de 450 m², totalement détruites. Ce sont des abris qui permettent de faire l’agnelage“, explique le berger. Cette situation d’urgence n’a pas non plus échappé aux éleveurs du département des Bouches-du-Rhône et au réseau de solidarité, qui s’est mis en place dans le département depuis plusieurs semaines. Les propositions d’accueil ont très vite circulé et, finalement, des points de retournement pour l’hiver ont été trouvés en Crau pour deux éleveurs de moutons, dont Jean-Pierre Cavallo. Pris en charge par la famille Moretti, à Istres, avec des terres, du foin à disposition pour nourrir le troupeau, et du matériel prêté par les éleveurs sur place, il y restera probablement jusqu’au printemps, avant de remonter en alpage.

Jean-Pierre Cavallo est “très reconnaissant de la solidarité des éleveurs et de la générosité de toute la profession ici“. Ces brebis pourront mettre bas dans de bonnes conditions début février mais, pour la suite, il avisera. “Dans la Vallée de la Roya, la situation reste aujourd’hui très compliquée, et les travaux de remise en état des routes pourraient prendre plusieurs mois. Je ne sais pas quand on pourra y retourner. Au printemps, nous espérons en tout cas pouvoir regagner des zones de pâturages accessibles. Mais avant de monter, je pense qu’il faudra vendre des agneaux et se réorganiser“, conclut l’éleveur de Saorge. 

Emmanuel Delarue


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