Une crise qui fait mal

Publié le 23 février 2021

D’après certaines estimations, la commercialisation de salades en Provence devrait péniblement atteindre 240 millions de têtes de salade cet hiver (@ E. Delarue).

Le marché de la salade d’hiver est directement impacté par la fermeture administrative des restaurants. Dans ce contexte de crise où l’offre reste supérieure à la demande, les maraîchers provençaux – qui couvrent tout juste leurs coûts de production – dénoncent aussi l’attitude des distributeurs.

Laitue, batavia ou encore feuille de chêne... Les maraîchers provençaux devraient être en pleine récolte. Mais cette année, dans les tunnels, tout ne s’est pas ramassé, et le marché de la salade d’hiver est loin de leur être favorable.

À l’exception du premier mois sur cette campagne, l’offre a toujours dépassé la demande, et les prix atteignent des niveaux très faibles pour la majorité des variétés.

Pour la filière, les facteurs de cette mauvaise conjoncture sur le produit d’hiver sont multiples.

Le marché pour les feuilles de chênes et la lollo, deux produits qui bénéficient régulièrement d’importants contrats à l’export, s’est considérablement réduit en raison du contexte sanitaire. Et, chez nous, les producteurs en ont jeté. La situation est moins catastrophique pour la laitue pommée, mais il s’en produit de moins en moins sur la région, tandis que la batavia s’est un peu mieux vendue. C’est surtout l’absence des débouchés de la restauration qui a porté préjudice aux producteurs. Mais la mauvaise conjoncture s’explique aussi par la météo. La douceur du climat – qui a joué d’alternance de séquences de froid, de douceur et d’humidité – n’a pas bénéficié à la qualité. Il a au contraire favorisé le développement des champignons, comme le Pythium et le Rhizoctonia. Et ces conditions climatiques n’ont pas été favorables à une hausse des prix“, rapporte Éric Testud, élu à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône.

Des pertes sèches

À l’exception du contexte sanitaire inédit, les maraîchers provençaux connaissent malheureusement trop souvent les conséquences de cette cascade en chaîne, préjudiciable pour leur économie. “On considère que, pour produire une tête de salade, les coûts directs sont de l’ordre de 30 centimes d’euro (uniquement de plants, d’engrais, de traitement et de récolte). Mais il faut aussi pouvoir amortir d’autres investissements et payer encore, par exemple, le plastique des serres“, témoigne Sylvie Charade, productrice sur Eygalières.

Sauf que, tout au long de la saison, la salade a été globalement achetée aux producteurs au-dessous de ces coûts de production. “Ils sont aussi souvent descendus sous la barre des 20 centimes ! Et sur les étals des supermarchés, le produit a, en revanche, continué de se vendre un euro.“ Une situation difficile à accepter pour l’exploitante. De tels chiffres donnent une idée de la perte sèche par tête de salade subie par les producteurs.

La maraîchère produit des aubergines et des poivrons de mars à octobre. Avec ses cultures longues, elle ne fait qu’une rotation de salades l’hiver. Elle produit un volume d’environ 300 000 têtes chaque année, entre octobre et février. L’essentiel de ses expéditions passe par le Min de Châteaurenard, mais elle exporte aussi environ 30 % de ses productions. Mais pas cette année.

Marché au ralenti

Le marché est au ralenti depuis des semaines. La conséquence est que sous les tunnels, la salade pousse et s’abîme parce qu’on ne la ramasse pas“, déplore Sylvie Charal qui en a aussi jeté, faute d’acheteur : “Car, si certains expéditeurs sont solidaires avec les producteurs durant cette période, tous ne jouent pas tous le jeu“, déplore-t-elle.

Mi-février, c’est déjà bientôt la fin de la saison de la salade d’hiver pour la productrice, qui dispose encore d’une serre de Lolo rossa en attente d’être coupée. Il est encore difficile pour elle, comme pour tous les producteurs, de dire quelle part de sa production ne sera pas vendue cette année.

Et pour la suite, si la situation sanitaire fait que les restaurants restent fermés, elle pourrait envisager de changer de stratégie sur certaines productions. “Pour cet été, c’est un peu tard, car les plants d’aubergine doivent être commandés en décembre, et ma saison est déjà calée“, explique-t-elle. Mais, pour l’hiver prochain, elle ne s’interdit pas de changer ses prévisions et de diversifier. “Le point positif de la crise, s’il faut en trouver un, est qu’elle contraint à se remettre en question, et incite à revoir sa façon de produire et commercialiser“, observe Sylvie Charade.

D’après certaines estimations, la commercialisation de salades en Provence devrait péniblement atteindre 240 millions de têtes cet hiver. Les chiffres officiels ne sortiront que dans plusieurs mois et, du côté de la FDSEA 13, on enquête déjà auprès des producteurs pour déterminer le niveau de pertes dans les tunnels cette année, en raison de la crise sur ce produit phare. 

Emmanuel Delarue

 


Fruits & légumesMaraîchage salade crise