Vendanges Coteaux d'Aix: à la rencontre des producteurs de rosés

Publié le 19 septembre 2022

À Rognes, avant que les cuves ne commencent leur fermentation, la délégation a pu déguster les premiers jus (© E. Delarue).

Très satisfaits de la qualité des premiers raisins rentrés, les vignerons des Coteaux d’Aix – qui s’attendent à un beau millésime – avaient invité le préfet des Bouches-du-Rhône et le sous-préfet d’Aix pour parler ‘Rosés’, à l’occasion d’une matinée vendanges, lundi.

Les vendanges sont sans doute la période idéale pour découvrir une aire de production et la réalité du travail qui se concrétise dans les vignes et débute en cave. Surtout si l’on prend le temps de s’arrêter chez quelques-uns des acteurs emblématiques d’une appellation. Même à un pas cadencé, Christophe Mirmand, préfet des Bouches-du-Rhône, et Bruno Cassette, sous-préfet d’Aix-en-Provence, se sont volontiers livrés à l’exercice lundi matin, à l’invitation des Coteaux d’Aix-en-Provence. L’initiative du syndicat était d’ailleurs, il y a quelques années encore, régulièrement appréciée par les représentants de l’État.

Pour le président des Coteaux d’Aix, Olivier Nasles, l’idée était de donner un aperçu de la richesse des terroirs et des savoir-faire des vignerons, en présentant cinq modèles d’exploitation et de production, tous très différents. Et c’est au cœur de l’appellation, juste au-dessus d’Aix-en-Provence, que la délégation avait choisi d’aller rencontrer les vignerons.

Une viticulture périurbaine réussie

Pour démarrer, l’exemple type de la réussite d’une viticulture périurbaine : la coopérative de Venelles. À quelques kilomètres de la ville d’Aix, avec ses 8 000 à
9 000 hectolitres de production, la cave aurait pu disparaître il y a une vingtaine d’années. Pourtant, le Cellier des Quatre Tours – qui a su s’appuyer sur les vignes de riches propriétaires fonciers des alentours pour assurer sa production – a cependant pu multiplier par deux ses volumes.

Le portage du foncier étant complexe aujourd’hui, ce schéma est l’un des modèles que le président de l’appellation – qui prône le découplage du foncier de l’exploitation – souhaiterait pouvoir développer davantage. La cave coopérative de Venelles est en effet au service de ses agriculteurs pour la plantation et la culture de la vigne, la récolte des raisins et la commercialisation des vins.

Ici, la récolte a commencé avec dix jours d’avance. Le vignoble de 360 hectares du Cellier des Quatre Tours est l’un des plus tardifs du département mais, au 12 septembre, un tiers des volumes était déjà rentré. Ces dernières années, la cave s’est autant attachée à poursuivre l’amélioration de sa production que de sa capacité logistique. Et, sur ce millésime, le potentiel quantitatif, comme qualitatif, est au rendez-vous. “Les raisins sont très beaux. Le seul bémol est peut-être la montée rapide des températures durant la matinée”, indiquait Thierry Blanchard, le président de la coopérative.

Deux modèles de caves particulières

La matinée découverte s’est poursuivie à quelques kilomètres au nord, au Puy-Sainte-Réparade. La cave du Château Paradis illustre bien le cas d’un investisseur, une famille, qui a fait l’acquisition d’un vignoble du Pays d’Aix, en y installant une équipe pour gérer l’exploitation viticole. “Le modèle historique – avec les terres d’un propriétaire qui passent de père en fils – est de plus en plus difficile et complexe à l’heure actuelle, en raison du coût financier. Aussi ce fonctionnement d’un capital porté par une famille – qui n’est pas directement active sur la gestion quotidienne de l’exploitation – se retrouve de plus en plus dans la région”, observait Olivier Nasles. Le Château Paradis s’appuie sur un vignoble de 86 ha en production et espère récolter 5 000 hl cette année. L’une de ses spécificités est de maintenir une approche traditionnelle, comme les vendanges manuelles, pour une bonne partie des rosés, en y adossant une grande technicité dans l’élaboration des cuvées. Tourné vers l’export, le domaine mise aussi sur l’œnotourisme. “Cette année, la maturité des premiers cépages n’était pas forcément en avance. Mais, au final, les vendanges seront quand même plus resserrées”, note Jérémie Peckre, le directeur du domaine.

Le troisième producteur découvert par la délégation est aussi celui d’une cave particulière. Mais il reflète cette fois l’histoire de vieilles familles de Rognes, deux coopérateurs qui se sont associés pour construire une cave moderne, à l’extérieur du village. C’est un schéma qui a tendance à diminuer au sein de l’appellation, au profit des modèles capitalistiques. Dans ce secteur de la chaîne de la Trévaresse, Éric Davin et Laurent Bastard cultivent un vignoble diversifié de 51 ha de vignes en label Haute valeur environnementale, et leurs rosés sont orientés vers les circuits courts. Leurs vendanges ont débuté en avance de dix jours, le 24 août, et la moitié des raisins a déjà été récoltée. “Malgré la climatologie particulièrement sèche de l’été, nous sommes sur les rendements espérés et nous devrions récolter 3 000 hectolitres”, avance Éric Davin.

Des coopératives passées à l’offensive

Sur le même village, le préfet a pu découvrir aussi l’exemple de la cave coopérative de Rognes. Un cas à part dans le département, puisque la coopérative a réussi à sortir du village pour s’installer à l’extérieur, dans un bâtiment moderne. Le terroir de l’Hostellerie des vins de Rognes s’étend sur 380 ha classés en AOC Coteaux d’Aix-en-Provence et en IGP, pour produire essentiellement des vins rosés. La quarantaine de coopérateurs assure habituellement une production annuelle avoisinant les 30 000 hl. Et, à mi-vendanges, le président, Gilles Giordani, indiquait que ce sera bien le cas cette année.

La matinée vendanges en Coteaux d’Aix s’est achevée chez la cave la plus importante de la région Provence qui – avec ses 60 000 hl de production en moyenne – représente 10 % du vignoble provençal. Depuis une dizaine d’années, elle a réalisé d’importants investissements afin de moderniser son outil de production, pour progresser à l’export, et continue d’investir dans cet objectif.

Actuellement, les quais des Vignerons du Roy René réceptionnent entre 300 et 400 tonnes par jour. La cave a déjà bouclé les deux tiers de sa récolte et le président, Alexandre Andreis, est confiant : il attend cette année 65 000 hl.

À chaque étape, les protagonistes invités ont pu apprécier tous les efforts consentis pour être en capacité de produire ces vins dits ‘de plaisir’, avec lesquels l’expression et le plaisir recherchés par le consommateur sont instantanés. Chez chacun des vignerons, ils ont pu retrouver des process quelque peu différents, mais toujours avec les trois principes immuables de la vinification : un pressurage de qualité, avec un pressoir pneumatique ; un débourbage, pour éliminer l’acidité ; et une basse température inférieure à 18°C. D’où l’intérêt aussi de ramasser les raisins très tôt.

Au cours de la visite et des échanges qui se sont créés entre vignerons et représentants de l’État, il a été question d’économie, de terroir, de ressource hydraulique, mais aussi d’aménagement du territoire, de consommation et, surtout, des rosés de Provence. Le préfet du département et le sous-préfet d’Aix ont pu comprendre de quelle manière tous ses vignerons, à leur échelle, ont assuré pas à pas leur modernisation, pour répondre aux attentes du marché et des consommateurs. Une mutation indispensable qui explique en partie les raisons du succès de l’appellation depuis une vingtaine d’années. 

Emmanuel Delarue