Vendanges : très bon potentiel qualitatif

Publié le 08 septembre 2020

Avant de commencer à récolter, il ne faut pas se laisser surprendre par l’évolution de la maturité. Une période où Matthieu Negrel et sa sœur, Maud, sont quotidiennement dans leurs vignes.

Les récoltes se poursuivent dans le vignoble bucco-rhodanien, mais sans affolement. On continue à travailler en harmonie avec le vignoble, sans se laisser surprendre. La qualité de la vendange est garante de la qualité des vins. Mais la maturité du raisin n’a pas été trop malmenée cette année, et dans le secteur de la Sainte-Victoire – où certains ont démarré très tôt –, on annonce aussi un beau millésime.

Mas de Cadenet : De beaux équilibres prometteurs

Après un dernier tour dans les vignes, c’est le 28 août au matin que les premières grappes de rolle ont été cueillies dans les parcelles du Mas de Cadenet. À Trets, le démarrage est plutôt précoce, mais représentatif de la tendance observée cette année au pied de la Sainte-Victoire.

Savoir attendre, sans se laisser surprendre. C’est le dilemme de tous les vignerons ces derniers jours. Matthieu Negrel les a consacrés à observer quotidiennement dans ses vignes le taux de sucre, le mûrissage des peaux et des pépins. “C’est une période cruciale où l’on se confronte à la fois au visuel, au réel – avec la dégustation des baies par exemple – et aux contrôles de maturité réalisés en laboratoire, pour aller loin sur la manière dont vont se dérouler les vendanges“, confie le vigneron. Le Mas de Cadenet a ainsi procédé à une vingtaine de mesures analytiques sur tout son vignoble, avant de commencer à récolter. Le jour J, les indicateurs de maturité et d’arômes des baies de rolle, cépage typique de Provence, étaient optimaux. “Il s’agit d’une vigne installée sur des parcelles très sèches et assez solaires. Heureusement, le timing pour récolter le raisin qui servira aux blancs, mais aussi au rosé, était parfait », souligne-t-il.

Cette année, les syrahs sont particulièrement précoces, ce qui peut laisser présager des vendanges assez regroupées. D’une manière globale, l’état sanitaire sur la soixantaine d’hectares de vignes, conduites en bio, que compte le domaine est excellent.

Plus de vin rouge les belles années

Les pluies du printemps ont été abondantes, mais la pression des maladies a bien été gérée. Ces apports naturels en eau ont, en revanche, permis à la vigne une bonne assimilation de l’azote, qui reste une problématique assez fréquente dans le pourtour méditerranéen. “Le manque d’eau favorise des carences dans les moûts, ce qui complique parfois la bonne activité fermentaire. Mais cette année, les analyses sont bonnes. Les acides maliques ne sont pas très hauts et se dégradent bien. L’équilibre phénolique est bon, sans blocage apparent de la maturité phénolique, ce qui facilitera le travail à la cave et devrait permettre d’élaborer des vins à la fois aromatiques et équilibrés“, explique Matthieu Negrel. Toutefois, tant que la récolte n’est pas dans les cuves, rien n’est certain. La pluie était par exemple annoncée le week-end dernier, mais avec beaucoup d’incertitude sur les quantités d’eau.

Si, dans tous les cas, c’est bien la nature qui dirige, au Mas de Cadenet, on s’adaptera : “S’il faut anticiper un risque de pluie dommageable et vite rentrer la vendange, ou absorber les maturités qui arriveraient en même temps à échéance, le domaine a sa propre vendangeuse, des équipements pour faire face et une équipe volontaire et très impliquée“.

La production sur le domaine s’élève à 2 700 hectolitres, et la part du rosé représente 70 % des volumes. “Le rosé est très dynamique, on en profite. C’est une chance, mais aussi le fruit du travail des générations précédentes. À côté, le domaine produit aussi de beaux vins blancs et rouges, que l’on oublie un peu trop“, ajoute le vigneron. D’ailleurs, le Mas de Cadenet travaille beaucoup avec la restauration et les cavistes régionaux, qui font la promotion de toutes les couleurs de la Provence. Les belles années de rouge, la proportion de vins rouges du domaine augmente : cela permet au terroir de la dénomination Sainte-Victoire – qui s’appuie en particulier sur de très beaux calcaires, des sols très drainants et des rendements naturellement faibles – de s’exprimer. D’excellents atouts pour produire du rouge ! 


Vignerons du mont Sainte-Victoire : une précocité record !

Dans la plupart des vignobles du département, le ramassage des raisins s’est maintenant progressivement engagé. Mais, au pied de la Sainte-Victoire, on récolte déjà depuis près de 15 jours !

L

es vignerons de la cave du Mont de la Sainte-Victoire ont battu, cette année, leur record de précocité, en débutant les vendanges le 21 août. Le précédent datait du 22 août 2017. “Pour certaines de nos parcelles, on se rapproche en effet des secteurs les plus précoces du département, comme du côté de l’étang de Berre“, confie Georges Guinieri, le président de la coopérative. Mais le vaste vignoble de la cave, qui s’étend sur 240 hectares, abrite bien sûr différents terroirs, où le raisin va mûrir plus lentement : “Grenache et syrah ont commencé à être ramassés à des degrés intéressants“, note le vigneron “satisfait de la qualité des raisins rentrés“ jusque-là, en raison notamment du “très bon état sanitaire du vignoble“. Pour la suite de la récolte, les vignerons de Puyloubier vont “continuer à travailler en harmonie avec le vignoble“.

Les volumes semblent aussi corrects cette année : “La syrah a toujours un peu de mal à faire du poids, mais il y a aussi beaucoup de parcelles qui ne sont pas encore à maturité. C’est un signe plutôt positif, qui peut vouloir indiquer que les vignes sont chargées, et que le raisin va mûrir tranquillement“.

L’originalité de ce mois d’août est aussi la maturité très précoce des vieux cépages de cinsaults. “Ils sont arrivés à maturité avant les grenaches, ce qui ne s’est jamais vu, puisqu’on les vendange généralement toujours entre la mi et la fin septembre“, précise le président de la cave. Or, cette année, ils ont été rentrés le 28 août !

La production de la coopérative, répartie en appellation Côtes de Provence et Sainte-Victoire, est tournée vers le rosé à 95 %. Elle est de l’ordre de 35 000 à 40 000 hectolitres en 2020. “Tous nos vins, produits en AOC Sainte-Victoire auront la particularité d’être complètement sous label Haute valeur environnementale, HVE. Certaines cuves en Côtes de Provence, seront également labellisées HVE“, indique Georges Guinieri.

100 nichoirs à chauves-souris !

Chez les vignerons du Mont Sainte-Victoire, l’agroécologie et le développement durable ne sont certainement pas opportunistes. La cave s’est notamment appuyée sur l’expertise du Grand site Sainte-Victoire pour travailler con-
crètement sur la biodiversité de son vignoble. Et de nombreuses actions ont déjà été conduites par les vignerons, au bénéfice de l’environnement et de la biodiversité dans le vignoble.

Depuis plusieurs années, la cave œuvre ainsi à la valorisation écologique des espaces non cultivés par exemple, et des haies ont été plantées, puisque la biodiversité joue un rôle majeur dans la protection des cultures contre les ravageurs. Les chauves-souris – qui sont  de gros consommateurs d’insectes parasitant les vignes – vont être favorisées dans les parcelles de la cave de Puyloubier cette année.

Un travail collaboratif entre la cave, la commune, le Groupe des chiroptères de Provence et le Grand site doit permettre l’installation de nichoirs à chauves-souris. “C’est un test grandeur nature très prometteur : nous en avons déjà installé une soixantaine, et l’on va en poser encore une quarantaine“, complète Georges Guinieri. 

Emmanuel Delarue



 


Les vendanges ont démarré vendredi 21 août cette année sur la cave coopérative de Puyloubier. Le précédent record remonte à deux ans seulement.