Vignerons coopérateurs 13 : les caves du département à la croisée des chemins

Publié le 04 juillet 2022

Réunis en assemblée générale le 22 juin, les Vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône accueillaient Joël Boueilh, nouveau président des Vignerons coopérateurs de France, à La Fare-les-Oliviers (© E. Delarue)..

Le renouvellement des générations et l’engagement coopératif sont assurément des défis majeurs pour la famille de la coopération agricole, qui va s’agrandir en région. Dans le nouveau schéma à venir, les vignerons coopérateurs du département entendent conserver aussi une certaine autonomie et leur lien de proximité.

Le chantier était lancé depuis plus de trois ans. Depuis que la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF) a fusionné avec Coop de France, en 2019, le rapprochement entre la Fédération des vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône (FDCC 13) et la Coopération Agricole Sud est dans les tuyaux. Mais rien n’est simple. La recherche d’une synergie a pris du temps. Le Covid – qui est aussi passé par là –, les divergences des uns et des autres et les réticences de certains n’ont pas accéléré la démarche stratégique. Mais il fallait de toute manière pouvoir construire sereinement un organisme à la hauteur des attentes des adhérents des coopératives.

Ce rapprochement permettra aux coopérateurs du département de peser davantage au plan syndical, pour parler d’une seule voix auprès des pouvoirs publics, mais aussi pour mutualiser certaines activités. Le projet se concrétise enfin, et passera par un regroupement interdépartemental avec les coopérateurs varois.

La fusion, c’est pour bientôt

Et comme l’indiquait le président de la Fédération des vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône lors de son assemblée générale, qui s’est tenue à La Fare-les-Oliviers le 22 juin, le protocole de fusion – qui enclenchera la disparition de la FDCC 13 et l’intégration de ses missions dans la Coopération Agricole Sud – sera signé dans quelques mois. Mais, pour autant, Jean-Luc Jauffret prévient : “Si les 900 coopérateurs du département souhaitent pérenniser leur engagement sous la bannière commune de la Coopération Agricole Sud, ce n’est pas pour y être dilués mais, au contraire, pour répondre au mieux aux attentes des coopérateurs et des responsables de cave”.

Au sein de La Coopération Agricole, la section ‘Vignerons Coopérateurs Sud’ abritera les spécificités viticoles du département et fera le lien avec Vignerons coopérateurs de France. Les administrateurs des départements des Bouches-du-Rhône et du Var y seront présents de façon égalitaire. Dans le département des Bouches-du-Rhône, les vignerons coopérateurs souhaitaient rester attachés à l’échelon départemental et conserver, pour leur représentation, une certaine autonomie au sein de l’entité de la Coopération Agricole Sud.

Chacun doit aller vers l’autre pour trouver le bon équilibre

Dans cette organisation spécifique pour la viticulture, la section ‘Vignerons coopérateurs Sud’ sera autonome. Mais, au sein de celle-ci, la future ex-Fédération des vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône deviendra une antenne départementale, comme l’explique le président Jauffret. “C’est ce lien de proximité qui a fait la réussite de notre fédération. C’est pourquoi nous nous appuierons sur une antenne départementale structurée, qui gérera les spécificités locales et mettra en œuvre au besoin des actions départementales”. Les modalités de construction du conseil de section et du conseil d’antenne départementale restent encore à régler.

Sur cette “nouvelle relation interne des vignerons coopérateurs avec la coopération agricole en général”, le nouveau président des Vignerons coopérateurs de France, Joël Boueilh – qui participait à sa première assemblée générale de la Fédération des vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône – s’est voulu rassurant. Pour lui, il n’y a pas de crainte à avoir quant à l’intégration de la viticulture dans la gestion globalisée du monde coopératif. “Même les coopératives de taille modeste s’y retrouveront, puisque chacun d’entre nous a son histoire à raconter, avec les raisins et le vin qu’il produit. Cette identité nous permet d’apporter une richesse, une diversité au sein du réseau de la coopération agricole. Sur la mise en route du rapprochement en région, chacun doit aller vers l’autre pour trouver le bon équilibre. Je suis certain que vous parviendrez à relever ce challenge”, ajoutait-il.

L’attractivité, ce facteur d’implication

Si cette évolution stratégique du mouvement de la coopération viticole départementale est historique – au même titre, peut-être, que la construction de la première cave coopérative du département à Trets, en 1918 – d’autres enjeux très actuels préoccupent la coopération viticole. Comme celui de favoriser l’engagement individuel dans l’outil collectif.

C’est en tout cas un sujet sur lequel les deux fédérations des Bouches-du-Rhône et du Var travaillent actuellement. “La notion d’attractivité est un facteur d’implication dans l’outil collectif. Si la coopérative est attractive, on incitera plus facilement l’engagement”, soulignait Hélène Basset, directrice de la Fédération des caves coopératives du Var.

Si les responsables dans les fédérations observent toujours cet attachement fort aux valeurs de la coopération, que ce soit chez les jeunes ou les moins jeunes, ils constatent pourtant un manque d’implication dans les conseils d’administration. Le recrutement de nouveaux administrateurs est de plus en plus difficile. Pourtant, s’occuper du collectif, le développer et pouvoir s’engager dans sa gestion, c’est tout cela qui concrétise et construit le futur économique d’une cave coopérative. En effet, la coopérative, ce n’est pas que l’apport de raisins : sans administrateur pour décider et gérer la coopérative, pas d’outil collectif.

Sept défis autour du renouvellement

L’engagement dans la coopération et l’engagement dans la fonction d’administrateur sont donc essentiels, et la Fédération du Var a développé une commission ‘attractivité’ qui devrait très bientôt proposer un programme de formations d’administrateurs de coopérative à destination des jeunes vignerons coopérateurs.
Ce thème n’a pas manqué d’interpeller Joël Boueilh. “La fierté d’appartenance des vignerons à leur cave coopérative, et celle des administrateurs dans la représentation de leur structure, est un aspect que nous devons avoir à l’esprit en permanence, mais que nous devons aussi travailler”, soulignait le vigneron du Gers. Les Vignerons coopérateurs de France auront certainement l’occasion de le faire, par le biais de la feuille de route que le bureau de la structure a validé. Le renouvellement des générations est au menu des sept défis identifiés, “avec la réponse aux attentes sociétales, la promotion du modèle coopératif, le renforcement de l’image des caves, l’adaptation au changement climatique, la mise en œuvre de transitions environnementales et l’accompagnement face aux défis climatiques”. Un riche programme stratégique qui rythmera assurément le travail de la confédération… et des vignerons coopérateurs des Bouches-du-Rhône ! 

Emmanuel Delarue


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