Vignerons indépendants : la confiance semble de retour

Publié le 21 juillet 2020

En dépit des incertitudes pour les mois à venir, Fabrice Joyeuse, président de la Fédération des Vignerons indépendants des Bouches-du-Rhône, reste confiant : “Les Vignerons indépendants des Bouches-du-Rhône ont réalisé une très belle année en matièr

Si la vente directe a permis de faire face durant la tempête, les trésoreries des domaines viticoles sont tendues. Mais l’activité repart et les Vignerons indépendants veulent, dans le même temps, travailler leur image.

Avec la fermeture de la plupart de leurs marchés durant le confinement, les Vignerons indépendants des Bouches-du-Rhône ont naturellement été secoués par la crise. Mais mis à part la période du 15 au 30 mars – où la chute de fréquentation a été brutale dans les caveaux –, les consommateurs ont assez vite réussi à chasser leurs inquiétudes et repris leurs habitudes. C’est ce qu’a pu observer Fabrice Joyeuse, le président de la Fédération des Vignerons indépendants des Bouches-du-Rhône. “La plupart des domaines qui font de la vente au caveau, une tradition bien ancrée en Provence, ont même pu bénéficier du regain d’intérêt observé aussi sur le ‘vin local’. Si cela a permis de limiter la casse dans les trésoreries des exploitations, la perte de la restauration n’a cependant pas été compensée.“ Sachant que, pour certains viticulteurs, le circuit des cavistes hôtels et restaurants peut représenter jusqu’à 70 % des ventes de vins.

Concernant les exportations de vins – qui se concentrent beaucoup en début d’année, sur les mois de janvier et février –, la plupart des contrats a pu être honorée. “Ce qui a été retiré a pu être livré. Les sorties de chais ont un peu baissé, mais la situation n’est pas catastrophique“, confie le président de la fédération. D’autant que, durant cette période, tous les acheteurs étrangers n’étaient pas dans les mêmes règles de confinement, certains acheteurs de rosés – comme les pays scandinaves – continuant même à importer. Et puis, quand l’activité a redémarré, les commandes ont pu repartir.

Le marché américain reste incertain

Reste que cette baisse d’activité à l’export est survenue quelques mois seulement après que la taxe ‘Trump’ ait déjà mis un coup sévère dans les relations commerciales avec les États-Unis. “D’une manière unilatérale, les vignerons du département ont été directement victimes de cette mesure d’hyper protectionnisme, qui n’a fait qu’affaiblir nos entreprises. L’Europe n’a pas su y répondre, et la politique américaine actuelle laisse toujours planer le doute quant à l’alourdissement de cette taxe à l’avenir“, commente Fabrice Joyeuse. Difficile donc, dans ce contexte politique, de se repositionner sur d’autres marchés du jour au lendemain.

D’après les chiffres du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), le marché américain représente 60 % des exportations de vins rosés pour les entreprises viticoles, et les exploitations du département des Bouches-du-Rhône sont dans cette tendance.

Le président de la fédération reste cependant confiant sur le futur des exportations vers les États-Unis. “Nous avons connu d’autres précédents, com-me le boycott des produits français, ou la crise des subprimes, qui nous ont déjà montrés, par le passé, que le marché américain a connu des dynamiques ‘up and down’ très imprévisibles“, souligne le vigneron.

Des exonérations attendues

Durant les derniers mois de crise, les Vignerons indépendants de France ont été force de propositions auprès des cabinets des ministres concernés, et continuent de l’être aujourd’hui. Les échanges et discussions autour des dispositifs de soutien économique à mettre en place se sont multipliés même si, pour l’instant, rien n’est acté. Les seules annonces du gouvernement ont concerné des mesures à l’attention de toutes les entreprises, à savoir des reports d’échéances bancaires, d’emprunts et de charges. Mais les exonérations de charges salariales et patronales – demandées pour les mois d’avril et de mai par la filière viticole – sont toujours en attente. L’enveloppe représenterait entre 250 et 300 millions d’euros au niveau national. Elle ne ciblerait cependant que les entreprises dont la perte du chiffre d’affaires atteindrait 80 %. “Autant dire qu’en Provence, ces mesures ne concerneraient quasiment personne et excluraient, en revanche, un très grand nombre d’exploitations“, déplore le président de la fédération des Bouches-du-Rhône.

Alors, en attendant, les vignerons mi-
sent beaucoup sur le potentiel de consommation important dans la région, et sur la saison touristique qui a débuté. “Cette saison estivale sera atypique cette année, puisque la clientèle fortunée des pays comme la Chine ou les États Unis ne sera pas là. Mais on observe une belle reprise d’activité depuis la fin juin, et il semblerait que la confiance revienne, à Paris comme en région“, note le vigneron. Alors difficile d’estimer l’impact économique de cette année inédite sur les entreprises.

L’autre incertitude concerne “la rentrée et le comportement des consommateurs“. Mais là aussi, bien malin celui qui est capable de dire ce qu’il en sera dans six mois. “La seule chose que l’on sait est que les raisins actuellement sur pied promettent une belle récolte. On a eu de l’eau, de la chaleur, mais pas trop  pour une fois, et le tout avec du mistral. Il reste encore deux mois à attendre !“, ajoute Fabrice Joyeuse.

Nouveau partenariat pour plus de visibilité

Pour autant, les Vignerons indépendants des Bouches-du-Rhône ne veu-
lent pas s’en remettre au hasard concernant leur image. La fédération départementale souhaite d’ailleurs surfer sur le succès de Marseille Provence Gastronomie, MPG 2019, pour améliorer sa visibilité. En s’attachant les services d’une entreprise de communication, elle veut se donner les moyens de travailler sur l’identité des vignerons indépendants, renforcer l’image des produits et le métier. “Il n’y a plus de salon des vignerons indépendants dédié au public sur le territoire des Bouches-du-Rhône, et j’ai pu constater que nous n’étions pas vraiment identifiés de la population. C’est la raison pour laquelle je souhaite que l’on soit plus présent, que l’on communique plus intensément au niveau local, sur ce qui nous fédère et ce que l’on représente“, commente le président de la fédération.

Le partenariat engagé a déjà permis, l’an dernier, de valoriser des opérations telles que le pique-nique des vignerons, qui a très bien fonctionné, mais aussi de nombreuses opérations évènementielles dans le cadre de MPG 2019 organisées avec Bouches-du-Rhône Tourisme. Elles ont contribué à mieux situer les Vignerons indépendants dans le paysage œnotouristique. Aujourd’hui, avec un tout nouveau site (http://vigneron-independant-provence13.fr) et une présence renforcée sur les réseaux sociaux, la dynamique est en marche ! 

Emmanuel Delarue


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