Vignes et riz : un condensé de Camargue à Beaujeu

Publié le 28 mars 2022

Julien Cartier travaille désormais aux côtés de son père, Pierre (© J. Dukmedjian).

À Arles, le Domaine de Beaujeu perpétue le modèle agricole traditionnel camarguais, basé sur la polyculture. Une conduite particulièrement adaptée à ce territoire.

Quand ses voisins ont dévié vers d’autres voies, potentiellement plus rentables, comme le maraîchage, Pierre Cartier a préféré poursuivre son sillon. Autrement dit, continuer la conduite traditionnelle de son exploitation, héritée de ses ascendants – il représente la 5e génération –, tout en la modernisant. “En Grande Camargue, chaque mas possédait, en parallèle des grandes cultures, des vignes et une cave“, rappelle le propriétaire du Domaine de Beaujeu, dont 31 hectares, sur un total de 600 ha, sont dédiés à la viticulture. Au fil des différentes campagnes d’arrachage menées au profit du riz dans les années 70 et 80, le vignoble – qui s’étendait sur plusieurs milliers d’hectares dans l’après-guerre – s’est en effet progressivement réduit au fil des décennies : “Nous ne sommes désormais plus que cinq ou six en activité“, note Pierre Cartier, dont la viticulture reste la principale activité.

Ses vignes, cultivées en bio – comme l’ensemble des terres du domaine depuis 1974, “un choix qui a fait beaucoup rire, à l’époque“ – sont exploitées dans une optique très qualitative. Le vignoble a ainsi bénéficié de plusieurs opérations de restructurations-replantations au cours des 30 dernières années, dont la dernière date de 2020. Il est composé d’une douzaine de cépages (vermentino, chardonnay, marsanne, viognier, roussanne, cabernet, caladoc, merlot, marselan...) adaptés au terroir très particulier de la Camargue, marqué par une forte salinité. À tel point que les vignes étaient immergées pendant 40 jours en hiver avec l’eau du Rhône, via le réseau de roubines, pour compenser les remontées de sel au travers des veines sableuses, en particulier dans les parcelles les plus au sud. Depuis trois ans, cette pratique fastidieuse est désormais remplacée par un travail du sol et un semis de mélange d’engrais verts (féverole, seigle, moutarde et pois). Ce changement s’est accompagné du renouvellement des derniers cépages francs de pieds encore subsistants par des vignes greffées. Pour la récolte, Pierre Cartier a, en revanche, opté pour la mécanisation : “Outre les difficultés à recruter des personnels, une vendange manuelle n’avait pas de pertinence du point de vue de la rentabilité“.

La vente directe privilégiée

Les 2 500 hectolitres de vins (rosé, rouge et blanc) produits sur le domaine sont quant à eux écoulés via le négoce, à 65 %. Le tiers restant est commercialisé en bouteille à travers deux cuvées en IGP Pays des Bouches-du-Rhône - Terre de Camargue. À cela s’ ajoute fréquemment une troisième : sans soufre, hors d’âge... “Tout est fonction de la qualité du millésime et/ou de l’état sanitaire“, indique Pierre Cartier, pour qui la vente directe reste le canal de commercialisation privilégié.

Il s’est doté pour cela d’un caveau de vente édifié en écoconstruction et conçu comme une vitrine des engagements environnementaux du domaine, positionné face au chai récemment rénové de fond en comble. Au sein de celui-ci, les encombrantes cuves béton, démolies, ont laissé place à des fûts à la contenance plus réduite, mais davantage en cohérence avec la politique de sélections parcellaires mise en œuvre au domaine.

Une rotation sur sept ans

Les grandes cultures (céréales, luzerne, tournesol) représentent l’autre activité importante du Domaine de Beaujeu, avec environ une centaine d’hectares dédiés. Elles sont conduites avec un assolement septennal : luzerne (deux à trois ans) ; riz ; colza (bientôt en alternance avec du chanvre) ; blé ; tournesol. Une rotation qui offre, estime Pierre Cartier, un bon compromis au point de vue “rentabilité/limitation des adventices/fertilisation“ des parcelles cultivées.

Comme pour le vin en bouteille, une partie des variétés de riz IGP Camargue produites (long blanc, semi-complet, complet, rouge, riz rond) est commercialisée sur le domaine. Une trentaine d’hectares de prairies naturelles est également exploitée. Les trois coupes annuelles sont en partie destinées aux élevages ovins d’Aveyron. Depuis 2017, Pierre Cartier s’est par ailleurs diversifié avec la plantation de 3 ha de grenadiers (3 000 arbres environ) “sur des parcelles inutilisées, parce que trop biscornues“. Une culture complémentaire qu’il juge “intéressante“ à tous points de vue : “Le grenadier nécessite peu d’entretien et un arrosage réduit“. Les volumes de fruits récoltés (5 t/ha) sont transformés – comme le riz pour le process de séchage – par un prestataire externe et vendus en jus. 

Julien Dukmedjian


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